À Saint-Jérôme, l’organisme Accroc travaille auprès des hommes qui posent des gestes de violence afin de prévenir l’escalade, favoriser la responsabilisation et, ultimement, protéger les personnes vulnérables. Son directeur général, Steeve Mimeault, rappelle que derrière chaque démarche se cache un parcours souvent complexe, mais où le changement demeure possible.
Intervenir avant qu’il ne soit trop tard
Depuis plusieurs années, Accroc accompagne des hommes aux prises avec des comportements violents dans un contexte conjugal ou familial. Son territoire couvre une grande partie des Laurentides, notamment Mirabel, Thérèse-De Blainville, Deux-Montagnes, Rivière-du-Nord, Argenteuil et Antoine-Labelle.
L’organisme intervient également auprès des adolescents qui manifestent de la violence dans leurs relations.
« Le but, c’est que si on les a jeunes, on espère ne pas les avoir adultes », explique Steeve Mimeault.
Cette intervention précoce vise à empêcher que certains comportements s’installent durablement et se reproduisent à l’âge adulte.
Reconnaître sa responsabilité
La première étape vers le changement est souvent la plus difficile : reconnaître qu’il existe un problème.
« Comment je ferais pour changer un comportement que je ne reconnais pas? », résume le directeur général.
Les hommes qui franchissent la porte d’Accroc arrivent rarement de leur propre initiative. Environ le tiers est référé par le système judiciaire, un autre tiers par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), tandis que plusieurs entreprennent une démarche après avoir reçu un ultimatum de leur conjointe ou ex-conjointe.
Seule une minorité consulte spontanément, souvent après avoir été eux-mêmes ébranlés par un geste qu’ils ont posé.
« La plupart viennent avec une motivation externe. Notre job, c’est de rendre la motivation externe en une motivation interne », explique M. Mimeault.
Comprendre ce qui se cache derrière la violence
Chez Accroc, la violence n’est pas abordée uniquement comme un comportement à corriger, mais aussi comme une façon inadéquate d’exprimer une émotion.
« Habituellement, quand je fais un geste de violence, c’est que je suis en train d’exprimer une émotion », souligne Steeve Mimeault.
Les intervenants travaillent donc à développer la capacité des participants à identifier ce qu’ils ressentent et à mettre des mots sur leurs émotions.
« Souvent, au niveau des hommes, il y a deux émotions : soit je suis content ou je suis en colère », illustre-t-il.
L’apprentissage passe également par la reconnaissance des réactions physiques qui précèdent souvent les épisodes de violence.
« Quand je ne vais pas bien, je vais toujours avoir des signes corporels. On appelle ça des signaux d’alarme. Il y en a qui vont serrer les poings, il y en a qui ont chaud dans les oreilles. Quand je les reconnais, ces signaux d’alarme, c’est comme mon détecteur de fumée : ça m’avertit d’un danger imminent. »
Les données du rapport d’activité 2025-2026 démontrent l’ampleur des défis vécus par les participants. Près de 80 % présentent un niveau significatif d’anxiété, plus des deux tiers vivent des symptômes dépressifs et près des deux tiers éprouvent des difficultés importantes de régulation émotionnelle.
Une démarche structurée
Le processus débute par une demande d’aide effectuée en ligne ou par téléphone. Quatre rencontres individuelles permettent ensuite d’évaluer la situation, les facteurs de risque et la motivation du participant.
Les hommes admis au programme intègrent par la suite un groupe de responsabilisation composé de 20 rencontres hebdomadaires, s’échelonnant sur environ cinq à six mois. Des suivis sont également offerts après la fin du programme.
Au cours de la dernière année, Accroc a réalisé 4 540 rencontres. Le taux de présence atteint 87 %, tandis que le délai moyen pour intégrer un groupe est de seulement 11 jours. Les participants demeurent en moyenne 99 jours dans une démarche active.
Détecter les situations les plus préoccupantes
Une partie importante du travail consiste à évaluer les risques avant qu’une situation ne dégénère davantage.
« Plus on pose la question, plus on a des chances d’en dépister, plus on a de chances d’intervenir », affirme Steeve Mimeault.
Les intervenants utilisent des outils d’évaluation reconnus et collaborent avec différents partenaires lorsque la sécurité d’une personne est compromise.
Certaines données du rapport illustrent l’importance de cette vigilance. Parmi les participants, 12 % ont rapporté des idées suicidaires, 1,9 % des idées ou menaces d’homicide et 3,5 % avaient accès à une arme à feu.
Les enfants au centre des préoccupations
Derrière chaque situation de violence se trouvent souvent des proches qui en subissent les répercussions.
Le rapport révèle que 285 participants sont pères. Au total, 382 enfants sont directement touchés par les comportements violents recensés par l’organisme. En incluant les conjointes, ex-conjointes et autres membres de l’entourage, ce sont 952 personnes qui sont affectées.
Pour Steeve Mimeault, la prise de conscience de ces impacts constitue une étape déterminante du processus.
« Plus je prends conscience de mes comportements de violence, plus je prends conscience des impacts sur mon entourage. »
Cette réflexion s’accompagne parfois d’un profond sentiment de honte, mais elle devient souvent un moteur de changement.
Changer pour protéger
Accroc ne promet pas de transformation miracle. Le changement dépend d’abord de l’engagement de chaque participant.
« Le changement appartient à la personne. La façon dont elle s’investit, ce qu’elle met en place et les efforts qu’elle fournit, ça dépend d’elle. »
Certains hommes modifient profondément leur façon de gérer leurs émotions et leurs relations. D’autres progressent plus lentement. Une recherche actuellement en cours permettra d’ailleurs de mesurer plus précisément l’évolution des comportements au fil du temps.
Pour l’organisme, son rôle s’inscrit dans un réseau plus vaste réunissant la DPJ, les maisons d’hébergement, les services policiers et plusieurs acteurs communautaires.
« On fait partie de la solution. On n’est pas La solution, mais on fait partie d’un panier de solutions », conclut Steeve Mimeault.
Les personnes qui souhaitent obtenir de l’information ou entreprendre une démarche peuvent joindre Accroc au 1-877-460-9966 ou consulter le site accroc.qc.ca.
Car derrière chaque homme qui apprend à interrompre le cycle de la violence, ce sont aussi des conjointes, des enfants et des familles entières qui peuvent espérer vivre dans un environnement plus sécuritaire.
Accroc accompagne les hommes qui souhaitent modifier leurs comportements de violence afin de protéger leurs proches et prévenir l’escalade.

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