Après 21 mois dans la rue, elle redécouvre les joies d’avoir enfin un toit bien à elle et juste à temps avant les grands froids hivernaux. Or, tous n’ont pas sa chance; voilà pourquoi un événement de sensibilisation comme la Nuit des sans-abri, qui se déroulait à Boisbriand vendredi soir, demeure nécessaire pour « Rendre visible l’invisible ».
La soirée se déroulait au Centre récréatif, juste en face de l’hôtel de ville de l’endroit. Dès le début de la soirée, les passants – itinérants ou non – étaient invités à échanger avec les équipes de la vingtaine d’organismes communautaires s’étant installées sous une tente pour faire connaître leurs services d’aide pendant quelques heures, malgré le froid qui s’installait. On y parlait de tout et de rien, mais surtout sans jugement.
En plus de dépliants expliquant leur mission, la plupart offraient quelques victuailles : des friandises, du chili cuisiné par l’équipe du Relais ou encore des paninis préparés par les jeunes de la maison des jeunes Sodarrid et d’autres denrées distribuées par le Resto pop de Sainte-Thérèse, tandis que quelques organismes distribuaient aussi des vêtements d’extérieur en prévision de l’hiver.
Parmi les passants, quelques élus des municipalités de la MRC de Thérèse-De Blainville s’étaient déplacés, tout comme les nouvelles élues de Groulx et de Blainville, Marie-Claude Sarrazin et Nadine Le Gal, qui n’ont pas manqué de rappeler l’engagement de leur chef, Paul St-Pierre Plamondon, lequel a promis de réduire de moitié l’itinérance au cours des quatre prochaines années en y consacrant un milliard de dollars.
Il n’y avait pas foule autour du feu de camp, vendredi soir, mais on sait néanmoins que l’itinérance est en forte hausse dans la grande région des Laurentides – territoire des Basses-Laurentides compris. On parle d’une augmentation de 74 %, soit la plus forte au Québec, où l’on enregistre une hausse moyenne de 20 %.

Le soutien des organismes communautaires constitue un réel secours pour bon nombre d’individus désoeuvrés pour différentes raisons : voilà leur principal message à l’occasion de cette 37e Nuit des sans-abri.
Jetée à la rue
Or, l’inflation s’installe et l’accès à un logement à coût abordable est de plus en plus difficile.
Et c’est un peu l’histoire de Lise R. Au cours des dernières années, cette citoyenne a vécu de peine et de misère financièrement, alternant les petits boulots et le recours aux prestations d’aide sociale.
Pendant un temps, elle travaillait au Resto pop, mais elle a perdu cet emploi en raison de son absentéisme – et pas pour des problèmes de consommation, s’empresse-t-elle de préciser.
Mère de six enfants, ayant encore un adolescent à la maison, elle s’est retrouvée dans le trouble financièrement. « J’avais plus les moyens de payer mon logement, plus d’allocations familiales. Puis mon salaire du resto n’était pas assez payant et le mal était déjà fait. Je me suis donc ramassée dans la rue le 15 novembre 2024. J’ai tout perdu : mon fils, mon appartement et mon entrepôt avec tous mes meubles », confie la dame, qui a vécu cette période en état de détresse.

Perdre un toit stable n’a pas été sans conséquence. La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) lui a retiré la garde de son fils, ce qu’elle a vécu comme un véritable choc. Son fils sera confié à la garde de sa grande sœur, mais il n’en reste pas moins que Lise en a eu une immense peine.
Tout s’est effondré à partir de là : de la perte du boulot à l’aide sociale. Malgré tout, c’est le Resto pop qui viendra à son secours en l’hébergeant temporairement en période hivernale puis en l’aidant à accéder à une chambre à la Maison François après son séjour non concluant comme chambreuse chez deux dames.
« Si le Resto Pop n’avait pas été là, je ne serais pas là aujourd’hui. Ils m’ont tellement aidé », insiste-t-elle. Afin qu’elle retrouve un logement, on l’a notamment accompagnée pour qu’elle puisse bénéficier du Programme de soutien au logement (PSL).
Lise R. a maintenant une adresse stable à Sainte-Thérèse, meuble son logis avec des dons et des achats en seconde main. Elle recommence à vivre plus sereinement. Et ça, elle le doit beaucoup aux organismes communautaires qui ne l’ont pas laissée tomber au plus fort de sa détresse.
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