William Guindon, un jeune citoyen de Blainville, se questionne à ce sujet. Il est même venu poser la question à la mairesse Liza Poulin, à la séance du conseil municipal, en août dernier.
C’est qu’à la suite d’une réunion du conseil jeunesse auquel il siège tenue le 14 juillet, le sujet a été abordé, lui a-t-il laissé savoir.
« Ce qu’il en est ressorti, c’est qu’il y aurait potentiellement des munitions encore enfouies dans le sol du secteur Plan Bouchard : des munitions au phosphore situées à seulement 300-400 mètres de la future cellule 6. Une question cruciale est restée ouverte : ces munitions militaires sont-elles encore actives ? »
Depuis, le jeune homme a creusé la question et s’est attelé à fouiller des documents officiels à cet effet. Il n’en est point ressorti rassuré. « Depuis notre rencontre, les faits officiels n’ont fait que renforcer nos inquiétudes. »
Un jeune proactif
Ce n’est certes pas la première fois que l’adolescent de 14 ans s’intéresse de près au sort de la Grande Tourbière, qui inclut le secteur du Plan Bouchard. Il s’était adressé antérieurement au premier ministre Legault dans une lettre ouverte pour empêcher l’adoption du PL93, au printemps 2025, pourtant lourdement contesté.
Force est d’admettre que le jeune Guindon a de la suite dans les idées. Il a déposé une plainte au printemps auprès de l’ONU à cet effet, avant de se tourner vers la Commission de coopération environnementale (CCE), un organisme de surveillance intergouvernemental, pour lui signaler, en lien avec le chapitre 24 de l’ACEUM, que le gouvernement fédéral omettait d’appliquer ses propres lois environnementales. (La Presse – 3 juillet 2026)
L’organisme demande au gouvernement fédéral de réagir d’ici le 16 octobre à propos de ces 17 articles de loi environnementaux.
Données officielles
En ce qui a trait à la potentielle dangerosité de munitions demeurées dans le sol du Plan Bouchard, le jeune citoyen a fait ses devoirs. Il s’est penché sur l’étude géologique finale d’Englobe de juin 2019 (page 11), laquelle, dit-il, « confirme textuellement que le site projeté par la cellule numéro 6 a fait l’objet d’activités militaires. Des munitions au phosphore situées à seulement 300-400 mètres de la future cellule 6 ».
« De plus, le registre officiel du secrétariat du Conseil du trésor du Canada confirme que le Plan Bouchard est toujours un site contaminé, actif aux métaux lourds et inorganiques pour lequel le gouvernement fédéral a alloué 0 dollar en décontamination pour l’année 2025-2026 », souligne-t-il.
Selon ses dires, la compagnie Stablex prévoit de creuser des parois étanches de 1,2 mètre de largeur encastrées dans l’argile.
« Pour réaliser ces travaux d’excavation, l’initiateur confirme qu’il devra pomper l’eau pour maintenir le plancher au sec. Or, le BAPE (rapport 371) souligne que le pompage va influencer la nappe d’eau souterraine et aucune étude scientifique ne suggère qu’un tel pompage n’a d’effet sur les milieux humides environnants. Le phosphore blanc est une substance extrêmement instable, qui s’enflamme spontanément dès qu’elle perd sa protection aquatique et entre en contact avec l’air », soutient-il.
Répliques municipales
« Sachant que le pompage industriel requis pour la cellule numéro 6 va abaisser et modifier le niveau de la nappe phréatique, qui stabilise actuellement ces munitions militaires, la Ville dispose-t-elle d’une étude d’impacts démontrant qu’un assèchement ne comporte aucun risque d’inflammation, d’explosion ou de mobilisation de contaminants vers la Grande tourbière de Blainville et les lacs Fauvel, s’il y a encore présence de munitions actives ? », a demandé explicitement le jeune homme à Mme Poulin.
Celle-ci lui a alors répondu qu’elle s’entretiendrait à ce sujet avec la députée fédérale de Thérèse-De Blainville, Madeleine Chenette, et qu’elle enjoindrait les gens du ministère de l’Environnement à considérer ces aspects dans leurs analyses.
La direction des communications de la Ville de Blainville a, pour sa part, indiqué que l’endroit mentionné par William Guindon est un lot appartenant au gouvernement fédéral, réhabilité en 1995, faisant l’objet d’un suivi environnemental par le ministère de la Défense nationale. L’endroit ne comporterait aucun risque, selon ce qu’en a retenu la Ville.
Le directeur des communications rapporte que le secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale avait répondu à une question posée sur le sujet à la Chambre des communes en 2024 :
« Selon l’inventaire annuel des sites fédéraux contaminés, il y a 4 455 sites actifs, dont 944 sont identifiés comme à faible priorité pour l’action, y compris le Camp Bouchard. En tant que site d’action à faible priorité, le Camp Bouchard ne représente pas un risque pour la santé et la sécurité humaines. Il n’y a actuellement aucune contamination continue des sols au Camp Bouchard, et un calendrier pour la remise en état n’a pas encore été déterminé. La qualité des eaux souterraines du site est également testée périodiquement, les derniers tests ayant été effectués en 2020, 2021 et 2022. »

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