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Du négatif à l’écran

Photo : Christophe Godon

À la tête de l’atelier, Yves joue un rôle clé dans la production des journaux du Groupe JCL. Au fil des années, il a accompagné les grandes
transformations du métier, des méthodes artisanales aux outils numériques.

Du négatif à l’écran

Publié le 29/08/2026

Avant que les pages du Nord Info puissent être montées en quelques clics et acheminées numériquement à l’imprimerie, leur fabrication exigeait toute une chaîne de travail manuel.

Dans l’atelier du Groupe JCL, une quinzaine de personnes pouvaient s’affairer à transformer textes, photographies et publicités en un journal prêt à prendre le chemin des presses.

Au tournant des années 1990, les publicités étaient encore montées manuellement. À l’atelier, Denise, qui cumule aujourd’hui 30 ans au Groupe JCL, Michou, qui y travaille depuis 44 ans, et leurs collègues utilisaient des procédés qui semblent aujourd’hui appartenir à une autre époque. Une machine produisait les visuels dans une sorte de boîte noire : on ne voyait le résultat qu’une fois le travail terminé. Lorsqu’il y avait une erreur, il fallait recommencer.

Les pages étaient photographiées, les négatifs préparés dans la chambre noire, puis transportés jusqu’à l’imprimerie par un employé. Une histoire est demeurée célèbre : alors qu’il était parti dîner, le personnel avait enfermé l’un des travailleurs dans la chambre noire pour lui faire une blague. Pour sortir et aller les rejoindre, celui-ci aurait finalement démonté les pentures de la porte, à leur grande surprise!

Dans les grandes années, l’atelier pouvait bourdonner jusque tard avec toute l’équipe à l’œuvre. « Les deux étages étaient occupés. Ça bougeait », se rappelle Yves, aujourd’hui directeur de la production.

Et les éditions étaient parfois énormes. Le Nord Info a longtemps été le plus gros journal du groupe. Le secteur immobilier pouvait à lui seul occuper une vingtaine de pages, parfois davantage. Chaque propriété avait sa photographie, son prix et sa petite description truffée d’abréviations : salle à manger devenait « S.A.M. », et ainsi de suite. Une employée pouvait consacrer presque tout son temps à vérifier ces pages.

Lorsque les représentantes terminaient de faire approuver leurs publicités par leurs clients, la soirée était souvent loin d’être terminée pour l’atelier.

Michou se rappelle une nuit particulièrement longue où Jean-Claude Langlois avait commandé des grilled cheese pour nourrir l’équipe qui travaillait toujours. Clémence se souvient : « Nous autres, quand nos annonces étaient finies, on s’en allait. Mais eux autres, ils n’avaient pas fini. »

Photo : Christophe Godon Dans l’ombre des salles de rédaction, Denise et Michou font partie de celles qui ont rendu possible, semaine après semaine, la publication de nos journaux. Avec 30 et 44 années au sein du Groupe JCL, elles incarnent ces artisans indispensables dont le travail, souvent discret, a profondément marqué l’histoire du Nord Info.

Produire malgré tout

Fabriquer un journal signifie aussi composer avec les imprévus, tout en respectant une échéance qui, elle, ne bouge pas.

La crise du verglas de 1998 reste gravée dans les mémoires. À une époque où il n’était pas encore possible de vérifier à distance si les systèmes fonctionnaient, des employés téléphonaient au télécopieur du bureau : si le fax répondait, c’était signe que l’électricité était revenue.

Le bogue de l’an 2000 avait lui aussi alimenté les inquiétudes. Et si les ordinateurs cessaient de fonctionner? Et si l’on ne pouvait soudainement plus monter les journaux?

Il y eut également un incendie dans un bâtiment voisin, puis un important dégât d’eau attribué à une machine à café. La production a dû être déplacée pendant plusieurs mois, sans que les journaux cessent pour autant de paraître.

Au bureau de Sainte-Thérèse, Yves conserve aussi le souvenir d’une autre époque : celle du rédacteur en chef Claude Desjardins installé à son bureau, une bougie allumée près de lui. Avec le photographe Michel Chartrand, il appartient à ce qu’Yves décrit comme « l’adolescence » du Groupe JCL, cette période où l’entreprise familiale était devenue une véritable organisation de presse et où les métiers de la rédaction, de la photographie, des ventes et de la production s’affirmaient.

Ces souvenirs font sourire aujourd’hui. Ils racontent toutefois quelque chose de fondamental sur le métier : peu importe les outils, les pannes ou les imprévus, le journal finissait toujours par arriver.