Cinq patients dont les séjours de répit ont été déplacés en catastrophe se retrouvent dans une aile non équipée, insuffisamment préparée, dangereusement improvisée.
C’est un choix précipité, qui met en péril la sécurité de patients vulnérables et anéantit l’espoir de repos de proches aidants déjà épuisés, selon un témoin. Il raconte que sa mère, proche aidante de son père atteint de troubles cognitifs, a reçu un appel il y a deux jours. Son répit prévu depuis trois mois au centre d’hébergement et de soins de longue durée de Saint-Benoît était déplacé à Sainte-Thérèse. C’était le cinquième séjour de répit pour son père, les précédents s’étaient déroulés sans heurts.
Le répit, explique le témoin, est un service temporaire offert aux proches aidants épuisés. Pendant une semaine, le patient est hébergé dans un CHSLD, permettant à son proche aidant de souffler. La plupart des CHSLD réservent quelques lits spécifiquement pour cette clientèle de courte durée, contrairement aux résidents permanents qui y demeurent jusqu’à la fin de leurs jours.
Un mémo interne du CISSS des Laurentides révèle que six lits de répit ont été fermés dans différents établissements. Soit deux à Saint-Benoît, un à Hubert-Maisonneuve, un à Saint-Eustache et deux en courte durée de dépannage. Ce qui explique l’installation précipitée de six lits de répit au CHSLD Drapeau-Deschambault.
Le chaos dès les premières heures
Dès 10 h jeudi matin, les cinq familles se sont présentées comme prévu, faisant face à un ensemble d’obstacles. Fermée depuis deux ans, rénovée mais non équipée, l’aile apparaissait comme fermée dans le système informatique, qui n’était pas configuré pour admettre des patients.
« Il a fallu que la réceptionniste parle à sa supérieure et contourne la procédure officielle, parce que sinon, on allait rester au rez-de-chaussée », raconte le témoin, soulignant que l’admission a pris au moins une demi-heure rien qu’à l’entrée.
Une fois dans la chambre, le témoin et sa famille n’étaient pas au bout de leurs peines. Pas de toilette pour un homme qui utilise une marchette et qui a des besoins réguliers, ni de télévision pour celui qui passe le plus clair de son temps devant l’écran.
L’incident le plus grave de la journée concerne le repas du midi. Le père du témoin a reçu un plateau de repas durci, recouvert d’une couche de glace. « C’était gelé, il y avait de la glace sur le repas », indique l’homme, précisant que sa mère a dû demander qu’on le réchauffe. Pire encore, le menu indiquait « manger normal » alors que le père souffre de dysphagie et nécessite une diète molle. La mère a dû intervenir pour éviter un risque d’étouffement.
Le personnel dépassé par les événements
La cheffe de service, Marie-Ève Robitaille, reconnaît l’ampleur du problème et les ratés du système, et promet de produire un rapport d’incident. Elle explique que le personnel avait été informé de l’arrivée des cinq patients seulement en début de semaine. Selon elle, le personnel n’est pas habitué à faire du répit. « Ils sont formés pour l’hébergement de longue durée ».
À terme, les trois étages de cette aile seront dédiés à la courte durée, avec une gestionnaire qui entrera en poste officiellement le 26 janvier, a-t-elle fait savoir.
Une soirée cauchemardesque
Le témoin explique qu’en soirée, son frère a tenté pendant deux heures de joindre le personnel au numéro fourni le matin, sans réponse. Inquiet, il s’est rendu sur place vers 19 h 45.
Citant son frère, il rapporte que son père se promenait dans le couloir avec une table à roulettes, en compagnie de trois autres résidents. Aucun personnel n’était visible sur l’étage. Le père aurait laissé son fauteuil roulant dans l’aire commune pour aller se coucher, alors qu’il marche très difficilement.
En raccompagnant son père à sa chambre, un autre résident confus aurait tenté d’entrer. Le frère a dû fermer et barrer la porte de l’intérieur pour l’en empêcher. L’un des deux membres du personnel aurait quitté les lieux sous le choc après avoir entendu le récit.
Dilemme
« J’ai le goût d’appeler la police parce que je sens que mon père est en danger. On se demande si on ne doit pas le retirer de cet endroit demain. On ne sait pas quoi dire à notre mère. C’est son répit à elle, comme proche aidante. Ce n’est nullement reposant de s’inquiéter de la sorte », s’inquiète le témoin face à l’ampleur de la situation.
« J’aimerais vraiment comprendre la décision précipitée qui a été prise ici et qui a amené toutes les personnes rencontrées à se faire déplacer leur répit à deux jours d’avis, dans une unité qui n’est nullement prête à recevoir sa clientèle, qui a été elle-même précipitée à s’organiser deux semaines avant son ouverture officielle », questionne-t-il.

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