À Blainville, le prix moyen d’une maison est passé de 454 000 dollars à 710 000 dollars en trois ans, selon les intervenants rencontrés, un niveau nettement supérieur à la moyenne montréalaise d’environ 470 000 dollars. Les revenus des aînés ne suivent pas cette progression, ce qui accroît le risque de voir des résidents de longue date quitter la ville faute de moyens.
La rareté des terrains disponibles complique aussi la donne. Selon les intervenants rencontrés, la municipalité doit réaffecter des espaces existants, comme un ancien terrain de soccer, pour dégager du foncier, un espace compensé par l’aménagement de nouveaux terrains au parc Équestre.
Le principal obstacle aura toutefois été le financement. Les artisans du projet décrivent un long parcours, marqué par des négociations entre les paliers provincial et fédéral et le recours à plusieurs programmes successifs.
Au final, une subvention de près de 13,4 millions de dollars a été accordée dans le cadre du Programme d’habitation abordable Québec de la Société d’habitation du Québec (SHQ), des fonds qui proviennent d’une entente fédérale-provinciale rattachée au Fonds pour accélérer la construction de logements. La Ville de Blainville injecte de son côté plus de 4,8 millions de dollars. Par ailleurs, 43 futurs locataires verront leur loyer plafonné à 25 % de leur revenu par le Programme de supplément au loyer Québec, dont la SHQ finance 90 % et la Ville le reste.
« Nous sommes très heureux de voir enfin se concrétiser la construction du Manoir Blainville II », a réagi le conseil d’administration de l’organisme, qui y voit un moyen de garder les aînés au centre de la vie blainvilloise.

Des délais qui dépassent largement le chantier
Le cas de Blainville n’est pas isolé. Un chantier standard prend de 12 à 18 mois lorsque tout se déroule sans accroc, mais le cycle complet d’un projet, de l’annonce à l’inauguration, s’étire souvent sur cinq à six ans en raison de la recherche de terrain, du montage financier et des contraintes réglementaires, selon les intervenants rencontrés.
L’Habitation Rive-Gauche, sur le boulevard du Curé-Labelle, en offre un exemple : annoncé en 2018, ce projet de 120 unités pour familles n’a été inauguré qu’en 2025. Dans ce dossier, la seule négociation avec la municipalité pour assouplir les exigences de stationnement aurait duré environ trois ans, selon les intervenants du milieu.
« Permettre aux aînés de demeurer le plus longtemps possible dans un milieu de vie adapté à leurs besoins est une priorité pour notre gouvernement », a déclaré la ministre responsable de l’Habitation, Karine Boivin Roy, qui voit dans le Manoir Blainville II « exactement le type de projets que nous voulons multiplier partout au Québec ».
Questionnés sur le nombre de projets semblables prévus dans les Laurentides, les représentants présents n’ont toutefois pas été en mesure de fournir de chiffre dans l’immédiat, certaines annonces demeurant sous embargo en raison du calendrier électoral.
« Le Manoir Blainville II est une excellente nouvelle pour nos aînés et pour toute notre communauté », a affirmé la mairesse de Blainville, Liza Poulin, qui attribue cette réussite à la collaboration entre les différents ordres de gouvernement, le milieu communautaire et la municipalité. La Ville reconnaît toutefois qu’aucun nouveau projet de logement abordable n’est actuellement en planification sur son territoire, tout en se disant ouverte à coordonner les programmes existants ou à venir.
« Construire des logements sociaux, c’est construire de la dignité, de la stabilité et de l’espoir pour plusieurs familles de la circonscription de Blainville », a pour sa part souligné le député de Blainville et président de la Commission des finances publiques, Mario Laframboise.
La députée de Thérèse-De Blainville et secrétaire parlementaire, Madeleine Chenette, a également pris part à la cérémonie au nom du gouvernement fédéral, qui contribue au montage financier par l’entremise du Fonds pour accélérer la construction de logements.
Qui construit le Manoir Blainville II?
Le contrat de construction n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres public, expliquent les porteurs du projet. Le Programme d’habitation abordable Québec permet en effet de procéder par invitation, et cinq entrepreneurs ont été conviés à déposer une soumission.
Un comité de sélection formé de représentants de Bâtir son quartier, des architectes de la firme DKA Architectes et de deux membres du Manoir a évalué les candidatures à l’aide d’une grille d’une dizaine de critères pondérés. L’expérience sur des projets similaires pesait lourd dans la balance, précise-t-on : un entrepreneur aguerri obtenait trois points là où un candidat moins expérimenté n’en recevait qu’un. Le choix s’est donc fait sur le meilleur rapport entre la qualité et l’expérience, et non sur le prix le plus bas.
Au terme de l’exercice, l’entrepreneur général Tisseur, établi à Val-David, a remporté le marché, son dossier ayant été jugé supérieur à ceux de ses concurrents par le comité. La firme DKA Architectes, qui possède un bureau à Sainte-Thérèse, signe les plans, tandis que le génie-conseil est confié à DWB Consultants. Le contrat signé a ensuite été transmis à la Société d’habitation du Québec.

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