Voilà le message partagé par la horde d’enseignants venus manifester leur désaccord, mardi soir, devant la salle où se tenait l’assemblée trimestrielle du conseil d’administration du Centre de services scolaires des Mille-Îles. Ils étaient plus d’une cinquantaine à brandir sur pancarte et à voix haute leur opposition à la mesure annoncée par le CSSMI sur Intranet le 13 février dernier.
Actuellement, seulement trois classes spécialisées pour élèves en difficultés d’apprentissage accueillent ce type de clientèle à l’École Le Sentier. Bien que les restrictions budgétaires ministérielles aient été mises en cause, la direction générale du CSSMI a laissé savoir à la présidente du SEBL, Dominique Sauvé, qu’il n’en était rien, que l’on souhaite plutôt privilégier la fréquentation de l’école du quartier où résident les élèves.
Mme Sauvé dit avoir été surprise d’entendre cet argument de la part du CSSMI. « On prétend que ce n’est pas un objectif financier, mais un souci d’efficience budgétaire. L’objectif, c’est de laisser un élève dans son école de quartier, même s’il est en échec. On prétend que les enseignants souhaitent garder les élèves dans leur quartier. Or, le CSSMI compte 3000 postes d’enseignants permanents et notre pétition a été signée par près de 2000 enseignants », martèle Mme Sauvé.
Les classes d’adaptation : un droit, pas un privilège
Pendant l’assemblée, la présidente du SEBL a saisi la période de questions réservée au public pour déposer la pétition. Elle a profité de l’attention de l’auditoire pour exprimer ses arguments en faveur du maintien des classes spécialisées, celles à ratio réduit où l’on accueille les élèves en difficultés scolaires et ayant besoin d’un encadrement resserré.
« L’intégration en classe régulière, c’est une norme générale, mais ça ne doit pas être une présomption. Et l’intégration ne peut pas être l’unique modalité de service pour les élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage », a indiqué d’entrée de jeu Mme Sauvé.
« Les élèves qui cumulent deux ans de retard en français et en mathématiques ne sont pas simplement en difficulté. Ce sont des élèves pour qui l’école a déjà déployé des services intensifs, des plans d’intervention et des mesures d’aide et qui n’ont pas eu de progrès suffisants. Les demandes de classement ne sont jamais faites à la légère. Ça repose sur une analyse rigoureuse des besoins individuels de chaque élève », a expliqué la présidente du SEBL.
Plaidoyer des enseignantes
D’autres collègues enseignantes lui ont ensuite emboité le pas avec leurs propres plaidoiries. C’est d’ailleurs avec émotion que Julie Richer, qui enseigne dans une classe de 3e année du primaire, s’est exprimée. Sur ses 21 élèves, 11 sont actuellement en échec de lecture dont quatre ayant besoin d’aide technologique pour la lecture et l’écriture, dit-elle. De son avis et celle d’une orthopédagogue, trois de ces quatre élèves devraient intégrer ce type de classe dès l’an prochain.
« Malgré tous les efforts, ces élèves ne font qu’accumuler un retard. Je vois certains d’entre eux essayer, recommencer et se décourager », déplore Mme Richer, qui dit manquer de temps pour les accompagner convenablement.
« Avec nos classes surchargées, nos élèves rencontrent des difficultés d’apprentissage, de comportement, ont de grands besoins affectifs et vivent de plus en plus d’anxiété. Chacun de ces petits humains a des besoins particuliers et j’essaie de les combler du mieux que je peux, mais il m’est impossible d’offrir le soutien individuel que méritent les élèves en grandes difficultés d’apprentissage », a commenté l’enseignante, les larmes aux yeux.
« Je sais qu’avec un encadrement adapté et un ratio réduit, comme celui offert à une classe spécialisée, ils pourraient progresser, retrouver leur confiance, apprendre plus vite et vivre une réussite », insiste-t-elle.
Détresse infligée par le système
Laurence Bourgeois, qui enseigne en adaptation scolaire à l’école Le Sentier, insiste pour sa part sur le fait que ces élèves arrivent en classe adaptée « avec des années de doute, d’échec, de déception et de perte de confiance en eux ». À l’école alternative où elle enseigne, on fonctionne par projets avec bulletins descriptifs aux premières étapes. « La pédagogie par projet est au cœur du programme. On part des forces des élèves. On leur redonne le goût d’apprendre autrement. Et ça, pour nos élèves, c’est rempli de sens et ça change tout », assure Mme Bourgeois, insistant sur la réalité qu’elle observe directement sur le terrain.
« Je suis encore une jeune enseignante. Je sais que je n’ai pas tout vu et que le système scolaire est complexe, mais s’il y a une chose dont je suis certaine, c’est que ces classes-là changent des vies. Pour nous, les classes DA ne sont pas une voie de garage. Elles sont une deuxième chance, un passage nécessaire pour des élèves qui ont besoin de se reconstruire. »
Florence Lemire-Gagné, qui enseigne l’anglais – langue seconde à l’école Le Sentier, n’a pas mâché ses mots à propos des 116 élèves qu’elle a accueilli dans ses classes adaptées au fil de ses six années d’enseignement.
« Ils avaient tous des parcours uniques, mais quelque chose en commun; ils avaient cessé de se sentir bien dans leur milieu (scolaire) d’origine. Ces 116 parcours uniques nous prouvent tous la même chose : l’intégration à tout prix, sans les ressources adéquates, est un échec humain », a stipulé l’enseignante Lemire-Gagné.
« Au nom de ces 116 élèves, je vous demande de ne pas les laisser prisonniers d’une détresse que le système leur inflige avec la classe régulière lorsqu’on leur impose un rythme impossible. »
Des échecs à répétition, nourris par la frustration de ne pas comprendre ni se faire comprendre, par des enjeux de mémoire, de concentration, de désorganisation ou de francisation, qui mènent peu à peu à la démotivation.
Bref, les plaidoyers des enseignantes ne laissaient aucun doute sur la position partagée par l’ensemble des signataires de la pétition déposée mardi soir.

MOTS-CLÉS
classes adaptées
École le Sentier
CSSMI
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Syndicat de l'enseignement des Basses-Laurentides
Difficulté scolaire