Pendant près de 40 minutes, sans interruption, l’urbaniste Hélène Doyon, consultante pour la Ville, a exposé en détail ce cadre réglementaire. Au cœur de sa présentation : le zonage incitatif, un mécanisme qui permet aux promoteurs d’augmenter, par exemple, la hauteur de leur projet en échange de contreparties pour la collectivité. Concrètement, un bâtiment peut aller au-delà des limites de base, à condition d’offrir davantage — que ce soit en logements abordables, en aménagements ou en contributions financières.
Tant que cette flexibilité s’inscrit à l’intérieur des balises : jusqu’à 12 étages dans certains cas avec une limite maximale d’environ 50 mètres. D’ailleurs, Mme Doyon, en réponse à une question citoyenne, a été claire : « C’est toujours la norme la plus restrictive qui s’applique ».
Autre élément central : l’exigence d’offrir 10 % de logements abordables pour l’ensemble du projet.
Dépôt de mémoires
La citoyenne Johanne Lafond s’est exprimée en premier, demandant à permettre à la population d’imaginer un quartier inspirant, conçu collectivement, plutôt que de laisser le pouvoir aux promoteurs. « Ce que j’entends ce soir, c’est qu’on nous informe de ce que les promoteurs vont faire », a-t-elle résumé, avant de demander : « Quand est-ce que j’ai mon mot à dire ? »
D’autres interventions ont ramené des préoccupations plus concrètes, notamment sur la capacité du milieu à absorber la croissance projetée. L’arrivée de nouvelles familles soulève des questions sur les écoles, les parcs et les infrastructures de proximité, dans un contexte où certaines données, notamment du réseau scolaire, demeurent absentes.
Pour sa part, la citoyenne Johanne Ravary a livré une critique plus structurée des règlements eux-mêmes. Elle a notamment soulevé l’absence de plafond clair en matière de densité, ainsi que le manque de transparence entourant le zonage incitatif.
Sur un autre registre, l’ancien conseiller Denis Villeneuve a mis en garde contre une transformation qu’il juge trop brusque pour l’identité de Rosemère. Il craint que la multiplication des étages et la densification du secteur ne viennent rompre avec le caractère de ville verte de la municipalité. « Remplacer notre canopée par des tours de béton ne correspond pas à l’ADN de notre municipalité », a-t-il affirmé.
Même du côté des professionnels, certaines réserves ont été exprimées. L’architecte Gianni Biagioni a notamment soulevé des enjeux liés à la proximité de l’autoroute 640 et à la planification des rues, comme il l’avait fait lors de la séance du 23 octobre dernier, appelant à un encadrement plus strict dès les premières phases du projet.
À l’inverse, le consultant en urbanisme Charles Bennet, impliqué dans le projet de la Place Rosemère, a rappelé les contraintes bien réelles auxquelles devront faire face les promoteurs. Certaines exigences, comme le maintien d’une forte proportion de superficies commerciales ou certaines normes liées au stationnement, pourraient selon lui limiter la flexibilité nécessaire à la réussite des premières phases de développement.
« Aucune échappatoire possible »
Lors de la période d’échange, la citoyenne et ancienne candidate à la mairie Sophie Cardinal a soulevé une inquiétude partagée par plusieurs : la possibilité pour certains promoteurs de contourner les exigences en matière de logements abordables en versant une contribution financière.
Interpellée sur cet enjeu au lendemain de la consultation, la mairesse Marie-Elaine Pitre a tenu à préciser que les règles varient selon les secteurs. Dans la zone urbaine, « il n’y a aucune échappatoire possible » : les promoteurs doivent obligatoirement intégrer un minimum de 10 % de logements abordables ou familiaux dans leurs projets. Dans les zones à plus forte densité, une contribution peut toutefois être exigée en remplacement, afin d’alimenter un fonds municipal dédié à la création de logements sociaux ailleurs sur le territoire.
Le mot de la fin est revenu à un citoyen qui souhaitait faire écho aux différentes interventions. Reprenant à la fois l’appel à l’innovation et les craintes liées à l’identité de la ville, il a donné en exemple la tour de 12 étages en bois massif annoncée pour 2028 à Terrebonne, comme une piste pour le projet rosemèrois.
Une intervention qui résume bien le défi du PPU : comment concilier ambition, innovation et identité.

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