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Québec pressé d’interdire la vente de boissons énergétiques aux moins de 16 ans

Photo courtoisie de L’Externat Sacré-Cœur.

Québec pressé d’interdire la vente de boissons énergétiques aux moins de 16 ans

Publié le 16/04/2026

Deux ans après avoir perdu l’un de ses élèves, Zachary Miron, L’Externat Sacré-Cœur presse le gouvernement du Québec de légiférer en vue d’interdire aux commerces de vendre des boissons énergétiques aux jeunes de moins de 16 ans, dont la consommation comporte d’importants dangers, particulièrement chez les jeunes sous médication pour le TDAH.

L’établissement scolaire privé de Rosemère joint ainsi sa voix à celles du Collège de Montréal et du Collège Charles-Lemoyne. Les trois établissements ont fait une sortie publique au cours des derniers jours, demandant au gouvernement d’agir afin d’empêcher un autre drame comme celui ayant touché la famille Miron.

Zachary Miron

On se souviendra que la mort de Zachary Miron, survenue en 2024 après que celui-ci ait bu une boisson énergétique.

Âgé d’à peine 15 ans, ce jeune étudiant, qui avait effectué toute sa scolarité entre les murs de L’Externat Sacré-Cœur jusqu’à sa quatrième secondaire, avait reçu un diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. On lui avait donc prescrit le médicament Biphentin à prendre quotidiennement.

Or, la science démontre que la consommation de boissons énergétiques interagit dangereusement en présence de certaines médications comme celles prescrites aux personnes aux prises avec le TDAH ou le TDA (trouble du déficit de l’attention).

Zachary Miron n’est évidemment pas l’unique jeune à s’être tourné vers les boissons énergétiques, dont la plus connue reste le Red Bull.

Importante population médicamentée

Le directeur général de l’Externat Sacré-Cœur, Jasun Taparauskas, soutient qu’au moins 15 % de la population étudiante de son établissement est aux prises avec le TDAH ou le TDA. « Ce sont des élèves dont les parents ont déclaré un déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. Donc, il y a fort à parier qu’une bonne proportion d’eux sont médicamentés, qu’ils prennent des psychostimulants pour traiter cette condition-là », souligne M. Taparauskas.

« La coroner a mis en lumière l’interaction entre une molécule qui se retrouve dans plusieurs de ces médicaments. Donc, ce n’est pas le Biphentin qui serait en cause, juste l’interaction avec la boisson », prend soin de préciser celui-ci.

La situation a donc été prise au sérieux. La semaine dernière, les parents de Zachary ont rencontré la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, afin de lui demander d’intervenir auprès du gouvernement caquiste pour qu’il adopte des mesures concrètes face à ce problème de santé publique.

Des gestes concrets, svp

Bien que la rencontre et l’accueil de la ministre Bélanger aient été appréciés, les trois établissements pressent le gouvernement d’agir.

« Nous exigeons que des gestes concrets soient posés rapidement pour protéger nos élèves. Il faut limiter les risques d’un autre décès tragique. Il y a urgence d’agir », affirme Jasun Taparauskas, directeur général de l’Externat Sacré-Cœur.

Ce dernier croit que la publicité et la présentation du produit, à commencer par ses couleurs attrayantes et son goût sucré, influencent fortement sa popularité auprès des jeunes consommateurs, surtout qu’il est associé à la performance.

« On le voit, les compagnies de boissons énergétiques vont s’associer à des événements sportifs d’envergure, des sports extrêmes, qui vont leur permettre d’avoir une visibilité auprès de la jeunesse. Donc l’image de marque est totalement dirigée vers eux, ce qui va avoir un impact, une incidence », observe Jasun Taparauskas.

« On pense que c’est important que les décideurs proposent un plan d’action concret justement pour mieux protéger les jeunes », souligne-t-il, en ajoutant que l’âge interdit pourrait même aller jusqu’à 18 ans.

Il pense aussi à des lois encadrant les manières de publiciser les produits auprès des enfants et adolescents, en donnant l’exemple du retrait publicitaire imposé aux compagnies de tabac.

Sensibilisation et plus d’éducation

Bien sûr, il faut sensibiliser les jeunes, reconnaît le directeur général de l’Externat Sacré-Cœur. À son établissement, on invite des intervenants à venir s’adresser aux jeunes et les prévenir des dangers que représente la consommation de ces produits dits énergétiques.

Pour sa part, la directrice générale du Collège de Montréal, Patricia Steben, a clairement indiqué l’importance d’un plus grand rôle des professionnels de la santé, dans ce dossier.

« Nous souhaitons également que les médecins et pharmaciens expliquent clairement les risques de la combinaison des boissons énergisantes et des psychostimulants tels que le Biphentin à tous leurs patients, particulièrement aux adolescents. Cela pourrait, dans certains cas, faire la différence entre la vie et la mort. »

Et bien qu’il faille aussi passer le message aux élus, M. Taparauskas estime qu’une seule forme d’action a ses limites. « C’est pour cela qu’il faut une mesure législative robuste et solide. C’est vraiment à ce niveau qu’il faut que cela passe. Il faut une réponse coordonnée qui soit établie par les ordres professionnels, qu’il s’agisse de la médecine ou de la pharmacie, à savoir comment peut-on mieux informer le public lors de la prise de psychostimulants », croit-il.

M. Taparauskas invite les citoyens à signer la pétition contre la vente de boissons énergétiques aux moins de 16 ans initiée par les parents du jeune Zachary Miron et qui est parrainée par le député solidaire Guillaume Cliche-Rivard.