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Réouverture du PEQ – Les milieux d’affaires réclament de la stabilité

Photo Iona Mousli — La réouverture du Programme de l’expérience québécoise est bien accueillie par les milieux d’affaires, qui réclament davantage de stabilité et de prévisibilité.

Réouverture du PEQ – Les milieux d’affaires réclament de la stabilité

Publié le 20/07/2026

Des employeurs qui ont investi des sommes importantes pour recruter à l'étranger se demandent maintenant s'ils doivent continuer à le faire.

C’est l’une des questions majeures des entreprises des Laurentides malgré la réouverture du PEQ.

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est de nouveau en vigueur depuis le 2 juillet, et cette réouverture est bien accueillie par les milieux d’affaires de la région des Laurentides et de l’ensemble de la province. La Chambre de commerce et d’industrie Thérèse-De Blainville (CCITB) et le Conseil du patronat du Québec (CPQ) réclament toutefois de la stabilité et une bonification du programme.

Le PEQ en bref

Aboli le 19 novembre 2025, le PEQ a été rouvert pour deux ans, du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028. Une première période de réception des demandes se déroule jusqu’au 31 octobre sur la plateforme Arrima, sans plafond de demandes. Seules les personnes qui répondaient aux critères du programme en date du 19 novembre 2025 peuvent déposer une demande durant cette première période, dans les volets Diplômés du Québec et Travailleurs étrangers temporaires, selon le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

« Évidemment, la Chambre de commerce l’accueille favorablement », affirme Marie-Noëlle Closson Duquette, directrice générale par intérim de la CCITB, en entrevue. Selon elle, la réouverture répond à des demandes portées depuis un certain temps par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), dont la CCITB est membre. La mesure permettra à des entreprises menacées de conserver leur main-d’œuvre étrangère. « Ça a un impact très positif auprès de plusieurs de nos entreprises membres de la Chambre, des entreprises plutôt industrielles, évidemment », précise-t-elle.

Même son de cloche au CPQ, qui avait été parmi les premières organisations à s’opposer à l’abolition du programme. « Ce sont des étudiants diplômés ou des travailleurs qui sont déjà présents sur le territoire, qui ont un emploi, qui payent des impôts, qui ont été formés au Québec », rappelle Daye Diallo, vice-président aux politiques de main-d’œuvre et à l’intelligence économique de l’organisation patronale.

Pour les Laurentides, M. Diallo souligne que le programme offre une voie claire vers la résidence permanente aux travailleurs étrangers temporaires déjà à l’emploi des entreprises de la région, alors que le resserrement des règles fédérales et provinciales rendait leur rétention plus difficile. Il craint cependant que le nombre de personnes admissibles crée « un goulot d’étranglement au niveau des seuils d’immigration maximaux », qu’il évalue à environ 45 000 personnes.

Des critères clairs, plus de paperasse

Depuis le 2 juillet, plusieurs candidats ont signalé des difficultés techniques au moment de déposer leur demande. « C’est dommage que ce pépin technique-là vienne gâcher, en fait, la joie des travailleurs, des immigrants de pouvoir réappliquer au programme d’expérience québécoise », déplore M. Diallo, ajoutant que ce genre d’incident porte atteinte à la crédibilité du gouvernement en matière d’immigration. De son côté, Mme Closson Duquette indique en avoir entendu parler dans les médias, mais affirme qu’aucun membre de la Chambre ne l’a contactée à ce sujet.

Des candidats se plaignent aussi de ne pas avoir été informés de tous les critères d’admissibilité. Le CPQ estime pour sa part que les critères du programme sont clairs, tout en jugeant élevées les exigences de français. C’est plutôt du côté administratif que le bât blesse, selon M. Diallo : « C’est clair que malheureusement, la paperasse demandée au candidat a quand même augmenté. » Il rappelle par ailleurs qu’il fallait détenir un statut valide au moment du gel du programme, en novembre 2025, pour pouvoir déposer une demande aujourd’hui.

Aucun registre des plaintes

La CCITB ne tient pas de registre des appels reçus au sujet du PEQ et n’a pas mené de sondage auprès de ses membres industriels sur la question. « Parfois, on voit des tendances, mais je n’ai pas de statistiques à vous donner », indique Mme Closson Duquette. Selon elle, les plaintes ont démarré dès les annonces laissant croire à l’abandon du programme et se sont estompées depuis l’annonce de la réouverture.

Les tendances demeurent toutefois préoccupantes. « Tout ce qui s’est passé dans les derniers mois, ça a beaucoup affecté cet élément-là de prévisibilité pour une entreprise », souligne la directrice générale par intérim. « Évidemment, il y en a qui ont perdu des travailleurs à cause de ça. Il y a des travailleurs qui ont quitté. Ça peut avoir déstabilisé certains secteurs. » Des employeurs qui ont investi des sommes importantes pour recruter à l’étranger se demandent maintenant s’ils doivent continuer à le faire, rapporte-t-elle.

Le CPQ observe le même découragement chez ses membres. Des entrepreneurs affirment perdre des contrats, voire fermer des lignes de production, faute de pouvoir retenir leurs travailleurs étrangers, relate M. Diallo. Selon lui, des travailleurs quittent aussi le Québec pour l’Ontario, où les programmes fédéraux d’immigration sont plus attrayants, et « c’est une perte pour le Québec ».

Le vice-président du CPQ prévient enfin que le retour du programme ne réglera pas à lui seul la rareté de main-d’œuvre. « L’immigration n’est pas la seule solution aux enjeux de main-d’œuvre. Ça fait partie des solutions », nuance-t-il, évoquant aussi la formation des travailleurs, la productivité des entreprises et les investissements dans l’automatisation. Il demande au gouvernement de faciliter la rétention des travailleurs déjà en emploi et d’augmenter les seuils d’immigration permanente.

Le message de la CCITB au gouvernement est du même ordre. « Que ça prend de la prévisibilité et de la stabilité », répond sans détour Mme Closson Duquette. « Quand on met un programme en place, il faut qu’il y ait un aspect terrain, une stabilité dans le temps, sinon ça rend les entreprises très vulnérables. » Pour une région en fort développement économique, conclut-elle, « les travailleurs étrangers, c’est un élément très, très important de la poursuite du développement de plusieurs entreprises sur notre territoire ».