Le juge a accepté la suggestion commune des parties, estimant qu’elle respecte les principes de proportionnalité et la jurisprudence récente en matière d’infractions sexuelles contre des mineurs. Cette décision permet également d’éviter aux victimes de devoir témoigner à nouveau, un élément que le tribunal a jugé déterminant pour leur bien‑être.
Des victimes qualifiées de « combattantes »
Dans ses observations, le juge a rappelé que la protection des enfants constitue une valeur fondamentale et que les agressions sexuelles commises dans un contexte de confiance figurent parmi les crimes les plus graves. Il a souligné la vulnérabilité des victimes, la durée des gestes et la manipulation exercée pour maintenir leur silence.
Le magistrat a qualifié les deux jeunes victimes de « combattantes », saluant leur courage et leur persévérance tout au long du processus judiciaire, qu’il a décrit comme éprouvant et exigeant. Il a insisté sur l’importance de reconnaître la force dont elles ont fait preuve pour traverser les étapes de la procédure.
Des conséquences profondes et durables
Les victimes ont livré des déclarations décrivant les répercussions importantes des gestes subis.
La première a parlé d’un traumatisme persistant, marqué par de l’anxiété, des difficultés de sommeil et une perte de repères. Elle a expliqué que ces événements ont affecté son estime personnelle, sa capacité à faire confiance et son parcours scolaire, évoquant des absences, une perte de stabilité et des difficultés de concentration. Elle a aussi décrit la nécessité de reconstruire un sentiment de sécurité autour d’elle, un processus qu’elle entreprend avec détermination.
« J’ai développé un profond dégoût de moi-même comme si mon corps ne m’appartenait plus. »
La seconde a décrit une peur constante et une fracture intérieure qui s’invite dans son quotidien. Elle a évoqué les défis liés à ses études, à ses relations et à sa reconstruction, tout en affirmant vouloir reprendre le contrôle de sa vie et poser ses limites. Malgré les obstacles, elle a dit travailler à se reconstruire et à retrouver sa valeur, soulignant que chaque progrès, même minime, représente une victoire personnelle.
« Ce n’est pas facile. Il y a des jours de doute, où la peur, la honte et l’injustice m’envahissent. Mais il y a aussi des jours où je sens que je reprends le contrôle. Je découvre des forces en moi que je ne connaissais pas. »
Réaction du père
Le père des victimes a accueilli la décision avec soulagement, saluant le travail de la DPJ, du corps de police et de la Direction des poursuites criminelles et pénales. Il a souligné la résilience de ses filles et l’importance du soutien qu’elles ont reçu.
Il a rappelé que le dévoilement initial est survenu après une intervention de la DPJ, qui avait reçu des informations préoccupantes. Selon lui, l’accusé minimisait la gravité de ses gestes, ce qui a contribué à déclencher la suite des démarches. Il a également insisté sur l’importance de l’encadrement offert aux victimes, qui a permis de traverser les étapes judiciaires avec un filet de sécurité essentiel.

Position de la poursuite
La procureure Catherine Perrault a indiqué que la peine reflète la gravité des faits et permet d’éviter un témoignage supplémentaire des victimes, ce qui constituait un enjeu majeur. Elle a rappelé que l’accusé n’a reconnu que les gestes les moins graves, ce qui soulève des inquiétudes quant à son niveau de remords. Selon elle, la suggestion commune permet de clore un dossier lourd tout en respectant les principes de dénonciation et de dissuasion, essentiels dans les dossiers impliquant des mineurs.
Ordonnances et mesures imposées
En plus de la peine d’emprisonnement, le tribunal a ordonné le prélèvement d’ADN, l’inscription de l’accusé au registre national des délinquants sexuels pour une période de 20 ans, ainsi qu’une ordonnance de l’article 161 lui interdisant notamment d’être en présence de mineurs ou de fréquenter certains lieux. Toutes les peines imposées seront purgées de façon concurrente. Le juge a rappelé que ces mesures visent à assurer la protection du public et à encadrer strictement la réinsertion de l’accusé.
Pour les victimes, cette décision marque la fin d’un long processus et le début d’une reconstruction déjà amorcée.

MOTS-CLÉS
palais de justice de Saint-Jérôme
Éric Verville
Procès
Sentence