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Stablex encore dans le viseur

Photo WaterShed Monitoring – Station FS-STB-2 le 28 octobre 2025

Stablex encore dans le viseur

Publié le 23/06/2026

Révélée le 10 juin dernier, la nouvelle campagne indépendante d'échantillonnage menée aux abords du site de Stablex à Blainville, commandée par la Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex et Climat Québec, dévoile des dépassements des critères québécois pour plusieurs métaux lourds dans des eaux de surface et des sédiments prélevés à proximité du site.

Menée par la firme indépendante WaterShed Monitoring et analysée par le Centre d’analyse et de caractérisation des nanomatériaux de l’Université de Montréal, l’étude détecte des concentrations élevées de cadmium (31,8 fois pour FS-STB-2 à temps de pluie), de plomb (113,7 fois pour STB-1 à temps sec), mais aussi d’arsenic, de cuivre et de zinc dans certains échantillons.

Pour Marie-Claude Archambault, porte-parole de la Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex, ces résultats confirment des préoccupations exprimées depuis plusieurs années.

« Ces résultats confirment ce que les citoyens de Blainville dénoncent depuis des années. Nous avons été ignorés, nos préoccupations ont été balayées du revers de la main. Aujourd’hui, la science nous donne raison », affirme-t-elle.

Une personne debout sur un drain en béton tient une perche au-dessus d'un cours d'eau boueux, entourée de roseaux secs automnaux
Photo WaterShed Monitoring – Station FS-STB-2 le 31 octobre 2025

Une lecture différente des données

Au cœur du débat se trouve toutefois l’interprétation des résultats, entre autres de la méthodologie employée lors des tests dans les stations de Stablex. De son côté, Mme Archambault soutient que son groupe applique directement les normes gouvernementales aux concentrations mesurées, alors que le ministère de l’Environnement privilégierait une approche statistique fondée sur les écarts observés au fil du temps.

Selon elle, cette différence méthodologique peut conduire à des conclusions divergentes, menant à des « anomalies, des dépassements que le ministère a lui-même expliqués et mentionnés dans leur propre rapport ».

De plus, Mme Archambault va même jusqu’à reprocher au ministère de l’Environnement de ne faire « aucun prélèvement dans les sédiments » excepté « dans leurs puits d’eau », à une fréquence d’une à deux fois par année, dont les points de prélèvement seraient, selon ses dires, « du pareil au même » depuis plusieurs années.

Toujours selon Mme Archambault, des débordements provenant du site auraient été observés à plusieurs reprises et que « les canalisations internes sur le site ne sont pas suffisantes quand il y a des grosses pluies diluviennes », dit-elle.

Elle soutient que ces écoulements suivraient ensuite le réseau hydrique local, jusqu’à la rivière aux Chiens et la rivière des Mélèzes. Cette hypothèse n’a toutefois pas été démontrée de façon définitive par le rapport, qui souligne lui-même qu’il n’a pas été possible d’accéder au site afin de valider l’ensemble des trajectoires d’écoulement.

Une main gantée injecte un liquide dans un bac plastique rempli d'eau stagnante sur un sol de végétation sèche
Photo WaterShed Monitoring – Station FS-4.0 le 31 octobre 2025

« C’est de la politique »

Lors d’une entrevue, Michel Perron, le directeur général de Stablex, a déclaré que le rapport commandé par la Coalition « ne permet pas de conclure que Stablex ajoute des contaminants dans l’environnement ».

Selon lui, le rapport démontrant le dépassement de la quantité de métaux lourds présents dans l’échantillonnage d’eau et de sédiment de la station STB-1 serait biaisé. D’après M. Perron, la contamination ne serait pas due à des déchets de Stablex, car le point d’eau se situerait en amont de l’entreprise et non en aval.

D’ailleurs, le site de Stablex serait contaminé par son ancienne vocation liée à l’armement, un lieu où l’on trouverait du plomb, du cadmium, du chrome et d’autres métaux. Une hypothèse qui est également retenue dans l’étude de la firme WaterShed Monitoring.

Surveillée par le ministère de l’Environnement par des inspections bisannuelles, Stablex explique neutraliser les matières dangereuses avec un processus chimique dans lequel la matière est mélangée avec une matière cimentaire avant d’être enfouie dans la cellule, qui n’est pas perméable.

Selon M. Perron, Stablex peut gérer la quantité d’eau, grâce à une trappe hydraulique, présente sur chaque cellule.

« Si jamais il y a un mouvement d’eau qui se fait, dit Michel Perron, il

va se faire de l’extérieur vers l’intérieur. L’eau ne peut pas remonter ».

D’après le directeur général, la Coalition des citoyens de Blainville contre Stablex se chercherait une cause politique en vue des élections automnales, voulant « pénaliser Stablex » et le placer comme bouc émissaire idéal.

« Ce que Climat Québec et la Coalition font en ce moment, moi j’appelle ça

de la politique. Ils veulent se faire élire, ils veulent montrer qu’il y a un gros problème », déclare M. Perron.

« On a tout intérêt à faire prélever par tout le monde sur la planète »

Ce que les analyses ne mesurent pas, c’est l’inquiétude des gens sur le dossier Stablex. L’installation de pancartes interdisant la baignade dans les eaux à proximité du site pèse lourd chez les familles de Blainville qui se demandent si elles doivent s’alarmer.

Le débordement d’eau colorée survenu sur le site de Stablex, des suites de pluies diluviennes, a soulevé de la peur sur une potentielle contamination. M. Perron n’est pas insensible aux craintes de la population, mais le directeur souligne que le ministère de l’Environnement, la Ville de Blainville et la Santé publique n’ont pas vu de dépassement sur les dix dernières années, et qu’il faut « avoir confiance en nos institutions ».

Face à cette inquiétude, Marie-Claude Archambault et la Coalition demande une nouvelle campagne indépendante avec un tiers indépendant du ministère de l’Environnement et de Stablex.

De son côté, le directeur général de Stablex dit qu’il accepterait la tenue d’une campagne d’échantillonnage. « On a tout intérêt à faire prélever des échantillons par tout le monde sur la planète », lance-t-il.

Article co-écrit par Constance Pomerleau, Henriette Sena et Phoeby Laplante