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Un projet de 248 logements sur le chemin de la Côte Sud soulève la controverse

Photo Reine Côté – Le projet de construction d’immeubles à logements multifamiliaux sur le chemin de la Côte-Sud a soulevé un vent de controverse, à Boisbriand.

Un projet de 248 logements sur le chemin de la Côte Sud soulève la controverse

Publié le 10/04/2026

La démolition de deux vieux bâtiments, suivie de l’éventuelle construction progressive d’un projet immobilier de 248 logements, sur le chemin de la Côte Sud, soulève l’opposition de nombreux résidents du secteur visé, à Boisbriand.

C’est dans un climat tendu que s’est d’ailleurs tenue, mercredi dernier, l’assemblée publique du comité de démolition à laquelle ont pris part près d’une cinquantaine de citoyens de Boisbriand.

Le comité de démolition formé de la mairesse Christine Beaudette, des conseillers municipaux Patrick Thifault et Daniel Kaeser ainsi que du directeur de l’urbanisme, Henri-Jean Filion et du directeur adjoint, Charles-Élie Barrette, devait trancher s’il autorisait ou pas la démolition, assujettie au Règlement RV-1728 en raison du caractère patrimonial des bâtiments ciblés.

Certains d’entre eux ont pris la parole, visiblement bien préparés, leur argumentaire détaillé en main et bien décidés à renverser la décision de l’administration Beaudette au sujet du projet immobilier multilogements envisagé sur le terrain situé au 223, chemin de la Côte Sud.

Lors de la séance du conseil municipal du 10 mars, une pétition contre le projet immobilier avait été déposée au conseil municipal. En date du 1er avril, celle-ci avait été signée par 450 citoyens.

D’entrée de jeu, la mairesse Christine Beaudette a pris la parole pour informer l’assistance des obligations incluses dans le PMAD et imposées par la Communauté métropolitaine de Montréal aux municipalités qui en sont membres.

« Présentement, on a l’obligation d’avoir 50 maisons à l’hectare et le chemin de la Côte Sud est l’un des deux secteurs qui ont été désignés par la CMM », explique Mme Beaudette, dont la municipalité enregistre un faible taux d’inoccupation de 0,5 %.

Rénovations trop coûteuses

Dans un premier temps, la Ville avait demandé une évaluation des coûts pour la rénovation de la maison et de la grange, construites en 1909. On y estime les travaux à 4 150 000 $, facture considérée trop onéreuse par la Ville.

C’est du moins ce qui découle de la présentation des plans du projet immobilier envisagé et présenté par Marc-André Paré, consultant à la firme Paré + & associés.

Tranquillité menacée

Or, les citoyens boisbriannais du secteur de la Côte Sud font la sourde oreille à l’argument municipal, la plupart d’entre eux ayant choisi de s’installer dans ce coin presque campagnard en vue d’y vivre en toute tranquillité dans leur maison de type unifamilial.

Pour la majorité des citoyens s’étant exprimés tour à tour, ce projet multilogements ne s’insère tout simplement pas dans le cadre actuel et menace la qualité de vie des résidents du secteur.

Il faut savoir que le projet immobilier envisagé de 248 logements sur trois étages permettrait une mixité résidentielle comprenant certains logis à coût abordable, ce qui en contrarie plus d’un.

« Pas dans mon quartier »

Dans le couloir avant le début de la séance, on pouvait entendre bon nombre de citoyens critiquer cette notion d’abordabilité, que l’on confond avec « ménages à faible revenu ». « Des familles à faible revenu, on n’en veut pas dans notre quartier », commentaient certains.

Certains craignent aussi un engorgement de la circulation dans le secteur avec la multiplication d’automobilistes.

La citoyenne Ginette Mayer-Lauzon a fait valoir que l’estimation des frais de rénovation aurait été certainement moins élevée si l’on s’était adressé à un architecte spécialisé en bâtiments anciens plutôt qu’en se tournant vers un architecte.

« Dans ce projet-là, vous ne respectez pas l’importance de l’environnement et des changements climatiques. Vous ne respectez pas la cohérence et le développement harmonieux du cadre bâti. Alors, je trouve que c’est un gros manque d’éthique de la part de la Ville et un manque de transparence, parce que ça a été très difficile d’avoir accès à des informations », a soulevé la citoyenne Karina Merkli, en laissant voir le document municipal du PAE obtenu et fortement claviardé, tel qu’exigé par le promoteur.

Pour celle-ci, il est indéniable que la maison de type architectural Boomtown a une valeur patrimoniale, contrairement à ce que laisse entendre la Ville, surtout qu’il n’en reste que trois sur le territoire de Boisbriand.

Un projet qui s’intègre mal

« Je pense qu’il n’y a personne qui est contre l’avenir, contre les besoins de tous, mais pas à n’importe quel prix et pas à n’importe quelle condition. Alors quand vous dites que vous allez peut-être démolir deux bâtiments patrimoniaux et les remplacer par du multifamilial, c’est ça qui est inacceptable. Ça ne s’insère pas dans le milieu de vie qui est là présentement, tel que le projet est présenté », a spécifié Mme Merkli, en ajoutant qu’elle aurait préféré voir les bâtiments actuels s’intégrer à la vision de « ville nourricière » récemment projetée par la Ville.

D’autres citoyens, comme Stéphanie Chartry, disent craindre pour la qualité de vie de leur famille, de la quiétude de leurs enfants, avec un développement qui devrait lourdement gonfler la population du secteur, si l’on tient compte d’au moins deux personnes par ménage qui s’installeront dans les 248 logements à venir.

Rassemblement de citoyens debout dans une salle communautaire lors d'une consultation publique municipale
Photo Reine Côté – Les citoyens venus assister à la soirée du comité de démolition arboraient un macaron affichant clairement leur opposition au projet de multilogements envisagé sur le chemin de la Côte Sud.

Étude indépendante demandée

La citoyenne Josiane Tardif, qui est ingénieure en bâtiment, a pour sa part pris la parole en insistant sur ce qu’elle considère de mesures incohérentes dans la présente démarche. Selon elle, certains aspects du dossier permettraient à la Ville d’exempter le secteur visé sur le chemin de la Côte-Sud des obligations du PMAD. « Il y a vraiment des exceptions qui s’appliquent lorsqu’il y a un milieu humide et quand il y a des corridors patrimoniaux. »

Celle-ci a poussé l’argumentaire citoyen encore plus loin.

« Je suis ingénieure moi-même et je conteste l’étude qui a été déposée. Je voudrais une étude indépendante. L’ingénieur ne présente pas les compétences et l’expertise pour faire ce genre d’étude. Sur son site web, il n’offre pas ce service-là, il n’offre pas de service d’estimation et n’œuvre pas dans ce domaine-là.

Autre point soulevé par Mme Tardif, l’aspect environnemental, qui n’a pas été considéré et qui doit être tenu en compte et doit être déposé dans le règlement sur le PAE. Le milieu humide a été oublié, affirme-t-elle, point sur lequel la mairesse Beaudette assure qu’il sera considéré en seconde étape du projet.

Mme Tardif prétend aussi que toutes les études jointes au dossier ont été commanditées par le promoteur du projet, dont l’étude environnementale, alors qu’une seule visite sur les lieux a été effectuée et laisse entendre qu’aucune espèce animale ne circule sur le territoire.

Ce qui est faux, selon la citoyenne Tardif, qui affirme détenir un enregistrement des bruits ambiants en soirée. « Je peux vous dire que si ce n’est pas des espèces animales que l’on entend, on a un sérieux problème d’extraterrestres à Boisbriand. »

Décision favorable à la démolition

Après avoir écouté les citoyens, les membres du comité de démolition se sont retirés afin de décider si l’on procédait ou pas à la démolition des bâtiments.

Dans une décision rendue favorable à la démolition, mais « conditionnelle au dépôt d’une nouvelle étude des coûts de reconstruction des bâtiments à des fins publiques réalisée par des professionnels mandatés par la Ville et la révision du programme préliminaire de réutilisation du sol dégagé afin de réduire la densité et d’assurer une meilleure inspection du projet dans le secteur ».

Le dossier devra être révisé par le conseil municipal, a souligné la mairesse Christine Beaudette. Elle a laissé une porte ouverte à des modifications aux projets, disant avoir bien pris note des demandes et commentaires des citoyens s’étant exprimés au cours de la soirée.

« On a travaillé très fort pour s’assurer de ces nouvelles obligations et aussi prendre en considération les enjeux conditionnels. »