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Un réinvestissement attendu du nouveau gouvernement en transport collectif

Photo Vincent Yergeau – Le directeur général d’Exo, Marc Rousseau, est formel : les usagers sont au rendez-vous, mais les ressources ne suivent pas, faute de financement suffisant.

Un réinvestissement attendu du nouveau gouvernement en transport collectif

Publié le 27/10/2026

L’actuel défi est clair pour la direction d’Exo : faire plus avec les moyens dont on dispose, dans un contexte de compressions budgétaires.

Les attentes sont tout aussi claires à l’endroit du nouveau ministre des Transports, Nicolas Girard, avec lequel la société de transport desservant le territoire des couronnes sud et nord se dit prête à collaborer : un réinvestissement important.

C’est du moins le constat dressé à l’issue d’une soirée d’information tenue le 22 octobre à Sainte-Thérèse par la société de transport Exo, qui risque un manque à gagner de 30 millions de dollars à partir de 2028.

L’événement public, qui se déroulait au Centre culturel et communautaire de Sainte-Thérèse, a permis d’entendre le président d’Exo, Pierre Fortin, et le directeur général d’Exo, Marc Rousseau, présenter la situation actuelle de la société de transport, puis d’assister à un échange entre le maire de Sainte-Thérèse, Christian Charron, le maire de Candiac, Normand Diotte, et l’experte en génie du transport, Catherine Morency, réunis en panel.

Une nomination bien accueillie

D’entrée de jeu, le président d’Exo affirme que la société de transport a bien accueilli l’annonce du nouvel élu qui prendra en charge le ministère des Transports et de la Mobilité durable et ministre des Affaires municipales, Nicolas Girard, qui connaît bien le réseau du transport.

« Je crois que l’occasion est toute choisie de rappeler les enjeux auxquels nous faisons face, nos besoins, ainsi que nos attentes en matière de transport en commun. Exo est prêt à collaborer avec le ministre Girard. Notre message au nouveau gouvernement est clair. Les citoyens des couronnes ont besoin d’un réseau de transport collectif qui continue d’évoluer avec eux », a clamé M. Fortin.

Et les besoins d’investissements sont plus importants que jamais, surtout dans des territoires où la population est en pleine croissance et où les besoins en transport collectif augmentent également, a fait valoir M. Fortin.

Malgré la mise en œuvre d’un plan d’optimisation qui vise à générer des millions de dollars d’économies récurrentes, on s’attend à un manque à gagner de 30 millions de dollars à partir de 2027-2028. À compter de 2029, sans réinvestissement, non seulement il n’y aura pas de bonification possible du déploiement de service, mais le maintien de l’offre est également menacé. Les besoins d’un financement adéquat vaut aussi pour le transport adapté pour que les personnes qui en dépendent le plus puissent continuer à se déplacer avec autonomie et dignité », a indiqué M. Fortin.

« On a dû réduire notre propre programme de mobilisation de 2,5 milliards à 1,9 milliard sur une période de 10 ans. Seul le maintien des actifs est maintenant priorisé. Faute de budget, tous les projets visant à réduire nos gares et nos terminus plus accessibles ont dû être retirés de notre programme de mobilisation. »

Les usagers sont là

Pourtant, la clientèle est bien là, signale au passage le directeur général d’Exo, Marc Rousseau.

« La croissance également démographique dans les couronnes qu’on voit au cours des dernières années amène également cette croissance-là. D’un côté, on est très content parce qu’on voit que les citoyens veulent recommencer à prendre le transport collectif, l’engouement il est là. Il y a certains facteurs aussi qui peuvent venir contribuer : la congestion routière nous amène des clients sur le transport collectif et la hausse du prix du carburant qui est extrêmement aussi importante. On est bien content. D’un autre côté, ça nous crée ce qu’on appelle comme des pics de surcharges sur certaines lignes, notamment sur certains départs.

« Les usagers sont au rendez-vous; c’est une bonne nouvelle. Mais les ressources ne suivent pas. On ne peut pas se permettre de dépenser plus d’argent qu’on en a actuellement. On peut réaffecter les ressources, mais on ne peut pas rajouter des heures de service au niveau de la desserte, autant du côté de l’autobus que du côté des trains. Donc notre défi, il se retrouve à faire plus avec en fait les moyens qu’on a », a ainsi expliqué M. Rousseau.

L’une des conséquences directes dans les Basses-Laurentides : un nombre important d’étudiants qui peinent à se rendre à leur établissement d’enseignement, notamment vers le Collège Lionel-Groulx, au moyen du transport collectif, signale-t-on au passage.

« On travaille avec l’ARTM et les autres sociétés de transport pour tenter de trouver des solutions à ce manque de financement. C’est sûr qu’on interpelle le gouvernement du Québec afin de s’assurer qu’on ait un financement qui est autant pour le transport régulier que pour le transport adapté », a conclu M. Rousseau, avant de laisser les panélistes prendre siège pour un échange.

Après la présentation de nouveaux outils d’accompagnement pour les usagers du transport collectif, dont un site Web rafraîchi et l’application Chrono, les panélistes ont échangé leurs points de vue sur l’importance d’investir en transport collectif et les options possibles pour assurer sa pérennité.

L’importance d’investir

Alors, comment aligner les investissements en transport collectif avec la croissance rapide des couronnes pour améliorer la santé financière des ménages, puis éviter l’écart entre les besoins et l’offre qu’on a présentement? C’est la question qui a été posée aux panélistes Christian Charron, Normand Diotte et Catherine Morency.

« Dire qu’il n’y a pas d’argent pour moi, c’est un mauvais constat. On a amplement d’argent. Il n’est juste pas mis au bon endroit. Je pense qu’il faut vraiment questionner; parce que si on veut améliorer la santé financière des ménages, il faut vraiment réduire leur coût de transport et la seule façon, c’est de réduire ce que j’appelle maintenant la motorisation forcée. C’est qu’on oblige les gens à avoir des véhicules parce qu’il n’y a pas de bonnes options de transport », a souligné la professeure Catherine Morency.

Celle-ci a rappelé les trois demandes sur lesquelles insistent les municipalités : un plus grand financement du gouvernement provincial au niveau des modes lourds, les déficits pris en charge par le gouvernement provincial ainsi qu’un changement au niveau de la gouvernance.

L’inaction coûte cher

Et quel serait le coût de l’inaction? Pour le maire Charron, dans une approche de densification territoriale, l’offre en transport collectif a toute son importance. « Si l’on densifie et qu’il n’y a pas de transport en commun, on fait face à une pression sociale énorme parce que les citoyens se plaignent la congestion routière.

Donc à la fin, il ne faut pas négliger cette pression sociale-là parce qu’elle se pourrait aussi se traduire aussi par des engagements politiques aussi. Donc en bout de ligne, ça voudrait dire si on arrête de développer, on a moins de revenus pour les municipalités. S’il n’y a pas de transport en commun, s’il n’y a pas de piste cyclable, s’il n’y a pas de trottoir, c’est un frein au développement », a relevé M. Charron.

Or, comme l’ont relevé les panélistes, la congestion a elle aussi un coût : 6 milliards de dollars par année, une somme qui pourrait même grimper à 10 milliards annuellement sous peu.

Et c’est sur les conséquences de ces choix en matière de transport que Mme Morency a conclu son intervention.

« Au Québec, on envoie 42 milliards de dollars dans l’industrie automobile chaque année. Il y en a de l’argent, faudrait juste mutualiser et le mettre au bon endroit. Si on migre vers un monde où il y a plus de voiture : dégradation de la santé économique des villes, dégradation de la santé financière des ménages, augmentation des risques d’accident, on a plus de pollution. Et avec les véhicules électriques, il y a quand même beaucoup de pollution mise par les pneus. On augmente la consommation d’énergie, qui est renouvelable au Québec, mais pas illimitée. Il y a beaucoup d’enjeux très systémiques qui devraient être compris parce qu’ils sont très bien documentés. Donc pour moi, c’est extrêmement problématique. Si on faisait ce qui est en phase avec nos cibles, ça irait définitivement mieux pour tout le monde », a expliqué Mme Morency, ingénieure, Ph. D. et professeure à Polytechnique de Montréal.