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Urgent message du Collège Lionel-Groulx au gouvernement Legault

Photo Reine Côté – Philippe Nasr, qui est à la tête du Collège Lionel-Groulx, continue de croire à la mission éducative des cégeps.

Urgent message du Collège Lionel-Groulx au gouvernement Legault

Publié le 27/02/2026

La direction du Collège Lionel-Groulx persiste et signe : il faut plus que jamais réinvestir dans les cégeps et non amputer davantage leur budget, si nécessaire à leur mission première, qui est de démocratiser l’éducation au plus grand nombre de jeunes Québécois.

C’est le message que lance Philippe Nasr, le directeur du Collège Lionel-Groulx, au ministre des Finances qui décidera en quelque sorte du sort du secteur collégial pour les années à venir dans son prochain budget, dont la publication est imminente. Puis à la fin mars, c’est l’enveloppe réservée au Programme Québécois des Infrastructures qui sera connue.

L’an dernier, c’est une somme de 151 M$ qui avait été coupée du budget de fonctionnement du réseau collégial. Et ça pourrait être pire, cette année. « Les signaux qu’on entend pour le prochain exercice financier sont préoccupants, ce serait une nouvelle compression de 175 M$ (pour l’ensemble du réseau collégial) », indique M. Nasr.

« On est très préoccupés. On est conscients de l’état actuel des finances publiques du Québec, que le gouvernement doit boucler ses budgets et que ce n’est pas facile. Mais ce que les cégeps ont vécu dans l’exercice 2025-2026 avec une compression budgétaire de 151 M$ pour l’ensemble du réseau, ça représente des compressions d’à peu près 3-4 millions de dollars pour le CLG et c’est quand même significatif. »

Jeu d’équilibriste

Du côté du Collège Lionel-Groulx, Philippe Nasr martèle son message : les coupures budgétaires font mal à son établissement dont le nombre d’inscriptions gonfle d’année en année. Depuis l’automne 2025, plus de 7000 étudiants prennent place dans les salles de classe, déjà en déficit de sièges. On prévoit même que 7300 étudiants franchiront les portes à la rentrée d’août 2026.

Bien que le Pavillon Louise Harel ait enfin pu voir le jour en 2025, il manque toujours de places pour accueillir plus d’étudiants dans les salles de cours, dans les résidences étudiantes, et les espaces de la cafétéria et de la bibliothèque sont devenus exigües en raison de cette surpopulation. Il est aussi question d’ajouter un laboratoire équipé pour le programme en Sciences de la nature.

Dans le contexte d’un budget ministériel en forte baisse et des hausses salariales des employés de l’État (et donc du milieu de l’éducation) renégociées par les syndicats, la direction du CLG se retrouve à faire des acrobaties pour pallier au manque à gagner : gel des embauches pour les postes aux services directs aux étudiants laissés vacants, gel des projets infrastructurels. « Même moi, si je quitte, le cégep ne peut pas me remplacer (sans l’autorisation du Conseil du trésor) », souligne un brin ironique M. Nasr.

On s’attendait tout de même à une compréhension du dossier plus empathique lors du changement de garde au ministère de l’Enseignement supérieur lorsque Martine Biron a pris le relais de sa collègue Pascal Déry. S’est-elle montrée plus sensible que sa prédécesseure ? La réponse viendra à la fin mars.  « C’est à ce moment-là qu’on va savoir si les demandes budgétaires faites au niveau des infrastructures, des aménagements, des constructions, vont être rencontrées par le gouvernement. Pour nous, la clé, c’est le Plan Québécois des Infrastructures », indique M. Nasr.

Ce dernier regarde toutefois si le CLG pourrait tirer parti de la nouvelle agence fédérale Maison Canada, pour y obtenir du financement en vue des projets infrastructurels prioritaires.

Impacts sérieux

Philippe Nasr insiste néanmoins sur la nécessité de trouver des moyens créatifs pour compenser le manque d’espace, le manque de budget. L’établissement a allongé ses plages horaires avec des cours en soirée et propose dorénavant des sessions complètes en période estivale.

Et les impacts sur les étudiants ? « C’est dans notre capacité à faire de la prévention, à anticiper les problématiques, qui se retrouve limitées par le fait qu’on n’a pas tant de ressources », précise le directeur.

Pour la direction, diminuer le nombre d’admissions de nouveaux élèves n’est tout simplement pas envisageable. Et sur ce point, le directeur Nasr se montre intraitable : « Je ne peux pas faire ça. C’est impossible, impossible. Notre mission c’était de permettre à la population du Québec d’accéder à l’enseignement supérieur. Donc, la minute où l’on va restreindre les admissions à cause du budget, c’est qu’on tourne le dos à notre mission première. C’est un choix qu’on ne peut pas faire comme société. »

Bref, ce dernier se croise les doigts pour que le gouvernement comprenne ce qu’il a lui-même compris depuis longtemps : les cégeps sont nécessaires pour bien préparer les nouvelles générations, qui représentent l’avenir du Québec.