Diffusée sur les ondes de Radio-Canada depuis le 10 janvier, Facteur A reprend le concept de l’émission française Les rencontres du Papotin, qui rencontre un franc succès dans l’Hexagone.
C’est que sa formule est fort originale : elle permet à des individus neuroatypiques de se glisser dans la peau d’un journaliste et de poser des questions à un artiste bien connu, des questions sans filtre, sans langue de bois. Et les artistes participants se prêtent au jeu avec spontanéité et générosité.
Marie-Anne Grenon, qui a décidé de produire l’émission en sol québécois, a été séduite par le concept de cette émission qui a été repris jusqu’à présent dans 21 pays.
Une voix pour ceux qu’on n’entend pas
Pour cette première saison de Facteur A, l’équipe de production a préparé six épisodes en compagnie de six artistes participants : Fred Pellerin, Roxane Bruneau, Suzanne Clément, Patrick Huard, Claude Legault et Marina Orsini.
Du côté des journalistes atypiques, on a recruté 34 participants dont 25 sont retenus à chacun des épisodes, après le montage. Car il faut bien le dire, si l’épisode est présenté sur une plage horaire d’une heure, son enregistrement a tout de même nécessité trois heures de travail en studio de la part des journalistes-TSA.
Sans parler qu’il a fallu qu’ils se consacrent à tout un travail de préparation bien avant les enregistrements. « Nous, on leur offre un vrai travail. Ils doivent être préparés, ils doivent performer. On fait des ateliers préparatoires pour chacune des personnalités invitées. On se rencontre pendant deux heures. Ils doivent faire du travail à la maison, lire les dossiers de recherche, écouter des vidéos-résumés de la vie de l’invité. Le dossier de recherche est très, très épais. Ils ont un travail journalistique à faire. Puis ils doivent arriver aux ateliers préparatoires préparés avec leurs questions et l’on s’en parle pendant deux heures. Ensuite, on fait une répétition générale. Ils doivent préparer une performance musicale aussi, quelques cadeaux à offrir que ce soit un portrait en dessin ou un cadeau, un truc comme ça », explique la productrice Marie-Anne Grenon, une habituée de productions documentaires, qui a aussi travaillé sur Apprenti-Autiste avec Louis T.
« Les personnes autistes, on parle d’eux partout, mais on ne les entend pas. On parle beaucoup de diversité et d’inclusion, mais on ne leur donne jamais la parole. On parle d’eux sans les écouter. Donc je pense que ça vient de là. Ce sont des entrevues qui sortent de la norme puis leur propre vulnérabilité rend l’artiste devant eux très vulnérable aussi », signale Mme Grenon.
Gabriel Laberge
Pour les besoins de l’émission, l’équipe de production a recruté des individus TSA au sein de trois organismes de la grande région de Montréal dont L’Académie des arts Trouve ta voie, ayant pignon sur rue à Rosemère. C’est là que les deux Boisbriannais Gabriel Laberge et Marc-André Langlais ont été repérés.
Pour Gabriel Laberge, qui a pris part à cinq enregistrements sur six, cette aventure s’est révélée fort valorisante. « On a pu montrer à la société qu’on existe. Les artistes ont été bien fins avec nous et respectueux. Ils répondaient à nos questions, même si elles étaient loufoques. Ils ont aussi répondu à des questions personnelles. Il y en avait un que j’avais hâte d’interviewer, c’est Patrick Huard. Je l’ai trouvé ben smatte. J’en savais déjà un peu sur lui, mais j’étais bien content de le voir en personne », raconte Gabriel.
Il a aussi été touché par sa rencontre avec Roxane Bruneau, qui a bâti sa carrière avec courage malgré une histoire familiale difficile. « Je lui ai demandé : « C’est-tu parce que tu ne trouvais pas ta place dans ta famille que, depuis 2013, t’as plus de domicile fixe ? Elle m’a dit : « si ç’a avait été un autre journaliste, je ne t’aurais pas répondu, mais vu que c’est toi, je vais répondre ». C’est là que tu vois l’ouverture de ces personnes-là. »
« Tu sais, voir des artistes, c’est impressionnant », affirme fièrement Gabriel, qui n’était pas nerveux, malgré l’ampleur du défi. C’est qu’il n’en était pas à sa première expérience en public, lui qui avait antérieurement participé aux conférences de presse d’un organisme et qui a pris part à des spectacles aussi.
Mais son plus beau souvenir de cette série d’enregistrements restera à coup sûr sa rencontre avec des artistes et le plaisir de pouvoir leur poser des questions.

Marc-André Langlais
L’émission incluait la participation de Marc-André Langlais, un Boisbriannais de 27 ans, membre de L’Académie des arts Trouve ta voie. Tout comme Gabriel, c’est sa rencontre avec Patrick Huard qui l’a marqué. C’est celui qu’il connaissait le mieux en raison de son rôle dans les films Les Boys et Starbuck.
« Je lui ai demandé quel joueur de hockey l’avait le plus inspiré pour son rôle dans Les Boys et je l’ai aussi questionné sur son rôle dans Starbuck », confie-t-il.
Croiser Marina Orsini lui a également laissé un beau souvenir. Il dit avoir été touché par son accessibilité ainsi que par celle de Roxane Bruneau, connaissant moins les autres artistes participants.
Marc-André n’est pas un néophyte en matière culturelle. Il a participé à quelques événements artistiques, notamment le spectacle annuel de l’organisme Trouve ta voie. Il a d’ailleurs chanté aux côtés de Mario Pelchat et suit actuellement des cours de chant.
Il a trouvé l’expérience si enrichissante qu’il souhaite vivement participer à une seconde saison.

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