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Éric St-Arnaud voit grand pour les ressourceries Renaissance

Photo Reine Côté – Éric St-Arnaud, directeur général de Renaissance Québec, s’est entretenu avec la directrice par intérim de la CCITB, Marie-Noëlle Closson-Duquette, le 26 février dernier.

Éric St-Arnaud voit grand pour les ressourceries Renaissance

Publié le 16/03/2026

Installé au Québec depuis plus d’une vingtaine d’années et déployé en quelque 40 magasins et librairies d’usagé, en plus des centres de dons un peu partout, Renaissance est devenu un exemple d’économie circulaire fonctionnel et enviable.

C’est du moins ce que prétend Éric St-Arnaud, qui est à la tête de Renaissance Québec depuis 2018. Invité récemment à titre de conférencier par la Chambre de commerce et d’industrie Thérèse-De Blainville (CCITB), l’homme d’affaires natif de la petite municipalité de Chapais n’a jamais oublié le milieu familial ouvrier d’où il est issu.

« Je n’ai pas été capable d’oublier d’où je viens, quand je suis venu à une banque alimentaire, j’ai connu ça personnellement. J’ai eu un toit sur la tête, on a toujours mangé, on a toujours eu de l’amour, mais on n’a pas toujours eu la vie facile. »

« Je suis le premier diplômé de ma famille », souligne-t-il fièrement, en précisant que devenir DG n’était pas inscrit sur sa feuille de route. « Mon parcours s’est fait par des graines semées, mais surtout par des mentors extraordinaires que j’ai eu dans ma vie », raconte M. St-Arnaud, tout en ajoutant avoir connu un trajet difficile durant ses études secondaires.

Pendant longtemps, il s’est senti imposteur. Malgré de bonnes notes au cégep et à l’université où il réussissait, se sentant motivé dans le domaine d’études qu’il avait choisi et bien inspiré par les coachs, professeurs et chefs d’entreprises qu’il y croisait, au fil du temps, il s’est davantage reconnu comme « transfuge », lui qui partait de si loin.

L’expérience au service de la mission

Or avant de devenir directeur provincial d’un organisme ayant des tentacules dans toutes les régions du Québec, M. St-Arnaud a longuement bourlingué d’un poste à l’autre, assumant chaque fois davantage de responsabilités qui l’ont amené à Québec, Trois-Rivières, Montréal et même Toronto, tant dans le secteur commercial, qu’alimentaire et vidéo, avant de joindre le groupe Renaissance en 2005.

« J’étais bourré de [fausses] perceptions. Pourtant, je n’ai jamais autant travaillé de ma vie. Ça a brisé mes perceptions, avoue-t-il même s’il n’était pas convaincu d’être à sa place dans ce milieu. Mais aujourd’hui, je peux dire que cette période-là, ça a été de combler des valeurs, combler des places dans mon cœur qui me manquaient dans l’ensemble de ce que je faisais. Ça a comblé tout, car je suis un driver, un développeur. »

En arrivant chez Renaissance, il a ainsi renoué avec ses valeurs en plus de pouvoir mettre en pratique ses études supérieures en administration des affaires. Rejoindre ce groupe misant sur le réemploi lui a permis de concilier son appétit pour la performance économique et la mission sociale.

C’est que chez Renaissance, on mise non seulement par le réemploi de vêtements et produits de seconde main, mais en favorisant la réinsertion professionnelle auprès de nouveaux arrivants ou de personnes marginalisées, explique Éric St-Arnaud. Bien que la plupart des employés soient permanents, une partie d’entre eux sont en processus de réinsertion. Le programme de réinsertion offre un emploi de 26 semaines, un poste tremplin qui permettra au bénéficiaire d’obtenir une expérience de travail, une autonomie, en vue de faciliter une éventuelle embauche chez un autre employeur par la suite.

« Ces gens-là, on les voit entrer, ils ne nous font pas confiance, sont méfiants, arrivent en retard, ils ont de la misère à faire leurs tâches, leurs responsabilités, ont peu de confiance en eux. Et on voit ces personnes changer de semaine en semaine », signale avec fierté l’homme d’affaires.

Oui, il faut savoir que ce programme d’insertion, qui inclut des intervenants, est majoritairement financé par le groupe Renaissance et en petite partie par l’État.

Modèle d’affaires différent

En plus, le groupe propose les centres d’emploi Renaissance, avec un conseiller à l’emploi, et qui sont offerts à la population, comme celui de Rosemère. « En 2015, on était à 192 personnes desservies par année. On devrait dépasser les 4000, cette année. C’est financé par nos revenus et c’est ça la force de Renaissance, c’est d’investir dans nos programmes, parce qu’on n’a pas de propriétaires. Donc, on peut réinvestir dans les programmes sociaux. »

Pour l’homme d’affaires qu’il est devenu, l’économie circulaire ne se résume toutefois pas à la mission sociale, mais doit s’appuyer sur une parfaite combinaison avec la notion de profit que privilégie le système capitaliste. C’est le modèle d’affaires pour toute ressourcerie souhaitant tirer son épingle du jeu, croit-il.

« C’est 100 % un enjeu social et 100 % une activité économique. On ne peut pas être à moitié économique et à moitié social », assure M. St-Arnaud. « Si la mission gagne, on va aider beaucoup de monde, mais dans deux-trois ans, ça ne fonctionnera pas. Et s’il y a trop d’argent, on vient d’oublier nos valeurs, notre mission sociale. Donc, la tension (entre les deux) doit demeurer. La tension va créer des conflits, des conversations puis les conversations amènent l’agilité puis l’amélioration », explique-t-il.

Voilà ce qui a convaincu le directeur général de Renaissance qu’une nouvelle approche de gestion était nécessaire. « Pour être gestionnaire sur la distance, il faut être solide, parce qu’on vit avec deux modèles qu’on n’apprend pas à l’école. »

Aux alentours de l’année 2008, les magasins Renaissance se sont aussi refait une beauté, afin de se rendre plus attrayants. On développe des projets, notamment en recherche comme le Lab Renaissance, en vue de créer un appareil pouvant récupérer certains textiles difficiles comme le spandex. Le Centre de recherche et d’innovation en habillement Vestopro du Collège Marie-Victorin a été mis à contribution.

Et ce n’est pas la seule ambition d’Éric St-Arnaud. « En 2030, on veut être dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants du pays », promet-il.