L’Union des municipalités du Québec relève même une hausse des coûts pouvant grimper jusqu’à 120 % sur la facture des travaux d’infrastructures.
C’est du moins ce que laisse entrevoir une étude réalisée par l’UMQ, Analyse de la hausse des coûts de construction des infrastructures municipales au Québec, qui a dressé ce constat sur la base des dix dernières années. Le sujet était d’ailleurs au tableau des discussions lors des Assises de l’UMQ, qui se tenaient du 13 au 15 mai, à Québec.
Parcs et piscines
Les augmentations auxquelles font face les municipalités touchent bon nombre de projets municipaux. On se rappellera la controverse autour de l’achat d’une glissade de piscine au parc Richelieu par la Ville de Sainte-Thérèse, à l’été 2025. La soumission la plus basse se chiffrait alors à 225 000 $.
Un exemple qui est loin d’être un cas isolé si l’on en juge par le projet de la Ville de Boisbriand, qui a inscrit sur sa liste l’aménagement d’un terrain de pickleball et de tennis. Prévu à un coût de 400 000 $, voilà que la facture vient de grimper à plus de 600 000 $, soit un surplus de 200 000 $, comme l’a souligné le conseiller municipal Jonathan Thibaud, lors de la séance du conseil municipal du 5 mai dernier.
La mairesse de l’endroit Christine Beaudette a renchéri, laissant savoir que la facture de certains travaux d’infrastructures peut désormais gonfler jusqu’à 120 % d’augmentation.
Ils ont raison. Pendant que les projets de construction subissent une augmentation de 28 à 40 %, ceux touchant aux infrastructures peuvent même retrouver avec une facture rehaussée de 120 % des coûts, ce qui est le cas des piscines extérieures et des parcs municipaux, lesquels incluent au moins un chalet d’accueil.
« Entre 2015 et 2025, le coût moyen de construction d’un chalet de parc au Québec a plus que doublé, passant de 1,3 million à 2,9 millions de dollars, ce qui représente une hausse de 120 %. Cette augmentation est principalement attribuable à la hausse générale des prix qui représente 50 % de la hausse, à l’amélioration de la qualité des infrastructures (40 %) et aux modifications réglementaires (29 %) », note l’étude de l’UMQ.
Situation multifactorielle
Selon Mme Beaudette, le défi est généré, entre autres, par le manque de main-d’œuvre. Il y a moins de fournisseurs, moins d’ouvriers.
« Entre 2017 et 2024, les dépenses dans les bâtiments institutionnels et gouvernementaux ont plus que doublé, soit une croissance marquée de 107 %. Cette augmentation s’explique par trois facteurs principaux : soit une hausse des prix de 44,7 % une croissance des dépenses ainsi qu’une la perte de productivité : 5,9 % et le volume de projets réalisés : 56,5 % », souligne-t-on dans l’étude de l’UMQ.
Les matériaux coûtent plus cher. Et le coût de ceux qui arrivent jusqu’ici par transport maritime risque d’augmenter, du moins ceux qui doivent traverser le détroit d’Ormuz, en raison de la guerre avec l’Iran qui perdure. Sans parler des matériaux importés du territoire américain et tarifés.
Or, les besoins d’entretien ou de nouvelles infrastructures sont toujours aussi grands. « Juste en infrastructures, il y a beaucoup de rattrapage à faire un peu partout », stipule Mme Beaudette, en ajoutant que le gouvernement est lui aussi sur la liste des donneurs d’ouvrages et mobilise les mêmes entreprises. « Ce qui impacte le monde municipal », souligne-t-elle.
Conséquences, les soumissionnaires aux appels d’offres se font peu nombreux, ce qui pose aussi des limites aux municipalités face à leur choix d’entrepreneurs et le prix de la facture ultérieure.
Rigidité réglementaire
Mais il y a plus que cela. L’étude de l’UMQ révèle que le gouvernement a rehaussé ses exigences entourant les infrastructures, ce qui entraîne des coûts supplémentaires estimés entre 900 M$ et 1,5 G$ par année pour le milieu municipal.
« Bien que la hausse générale des prix (matériaux, main-d’œuvre) demeure le principal facteur, les exigences réglementaires additionnelles ont un impact significatif sur la hausse des infrastructures », signale le rapport de l’UMQ.
On parle de permis obligatoires et ses délais, d’exigences techniques demandant l’intervention de professionnels certifiés, de la consommation énergétique, de mesures de sécurité des travailleurs sur les chantiers. Bref, des délais et des coûts supplémentaires.
À titre d’exemple, l’UMQ rapporte que le coût de construction d’un kilomètre d’aqueduc a augmenté de 88 % entre 2015 et 2025, « dont 40% attribuables aux exigences réglementaires additionnelles ».
Sans surprise, les délais contribuent à la hausse des coûts. On calcule une moyenne de 5 % de plus sur tout projet reporté d’un an.
Et dans ce contexte, les conventions collectives du milieu de la construction projettent une hausse de 24 % des salaires, laisse savoir l’UMQ.
Autre facteur d’importance, depuis 2015, le gouvernement a considérablement diminué sa part de dépenses au PQI pour les municipalités, qui se retrouvent à devoir financer davantage tout projet d’infrastructure. Le soutien gouvernemental réservé aux municipalités est passé de 7,9 à 4,3 %.
Pour les municipalités, dont les infrastructures exigent entretiens et/ou de nouveaux travaux, ce manque à gagner entraîne de lourdes dépenses, ce qui pourrait forcer plusieurs administrations municipales à se tourner vers leurs contribuables en réévaluant les comptes de taxes à la hausse.

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