C’est du moins le message livré par Pierre Cléroux, vice-président, recherche et économiste en chef à la Banque de développement du Canada (BDC), lors de la Journée Économique de la Chambre de commerce et d’industrie de Thérèse-De Blainville, tenue le 30 avril dernier, à Sainte-Thérèse.
Invité à s’exprimer sur le climat actuel et les défis qui attendent les gens d’affaires, M. Cléroux leur a redonné de l’espoir. « Malgré le ralentissement économique en 2026, on n’aura pas de récession. On aura une croissance faible, mais on voit que l’économie devrait être résiliente et s’en sortir sans récession. »
Surtaxe
Évidemment, au Québec comme dans l’ensemble du Canada, c’est encore l’imposition des tarifs qui sera au cœur des défis puisqu’ils impactent toujours l’économie nationale. Surtout qu’encore plus de taxes sont imposées depuis le 6 avril ; on parle d’une surtaxe de 25 % sur la valeur totale des produits manufacturés, comportant au moins 15 % d’acier, d’aluminium, et de cuivre.
Déjà que l’imposition de tarifs impacte négativement les exportations en direction des États-Unis. Selon M. Cléroux, on constate une baisse de 24 % dans les secteurs de l’acier et du bois d’œuvre, des automobiles et des camions. Et lorsque l’on exporte moins, on produit moins. « Au Québec, depuis un an, on a perdu environ 15 000 emplois dans le secteur manufacturier », souligne l’économiste.
Or, il y a de bonnes nouvelles. L’économie a progressé. Au Québec, 40 000 emplois ont été créés l’an dernier, et autour de 200 000 emplois dans l’ensemble du pays. « C’est la raison pourquoi on n’a pas eu de récession au Canada en 2025. C’est que malgré les tarifs, l’économie s’est bien comportée », observe-t-il.
On parle tout de même d’une petite croissance de 0,7 %, mais positive même si elle est modeste.
Défis déterminants
Pour l’année 2026, trois facteurs seront déterminants : le conflit États-Unis-Iran, avec la hausse du prix du carburant et qui bénéficie à court terme aux deux paliers de gouvernements, la renégociation de l’accord du libre-échange (ACEUM) qui inclut 86 % d’exportations hors tarifs, et les taux d’intérêt, qui devraient rester stables en 2026.
Même avec le choc pétrolier, M. Cléroux assure que l’inflation devrait demeurer dans une fourchette entre 1 et 3 %. « Il n’y a pas de raison pour la Banque du Canada d’augmenter les taux. On s’attend à ce que le taux directeur reste au même niveau pour 2026. C’est une excellente nouvelle pour les consommateurs, pour le marché de l’habitation, pour les entreprises », lance l’économiste de la BDC.
Toutefois, le marché des exportations restera difficile en 2026, car il y a encore beaucoup d’incertitudes parmi les entreprises qui exportent.
Consommation et économie
Reste la consommation, qui représente les deux tiers de l’économie, indique M. Cléroux. « Lorsque la consommation augmente, habituellement l’économie s’en sort assez bien. On l’a vu en 2025. Même si on a eu une baisse de nos investissements dans les entreprises, on n’a pas eu de récession parce que la consommation a été positive. »
On s’attend à pareille situation cette année. Les revenus des ménages augmentent, ce qui favorise la consommation, et ce qui met aussi une pression sur les épaules des employeurs entourant leur offre salariale.
En parallèle, le marché du travail se porte plutôt bien. Il y a des emplois au Québec, qui détient même le 2e plus bas taux de chômage au pays avec 5,4 % alors que la moyenne du taux de chômage canadien se situe à 6,7 %.
« Donc, on s’attend à ce que la consommation soit le principal moteur de la croissance encore cette année. Le marché de l’habitation a légèrement remonté. Avec des taux d’intérêt plus faibles, et le taux de chômage bas, on s’attend à ce que le marché de l’habitation continue sa progression au Québec, ce qui sera un moteur de croissance », laisse savoir M. Cléroux.
Et pour les économistes comme lui, voir les gouvernements dépenser davantage, c’est une bonne nouvelle. « Donc, les deux gouvernements vont injecter de l’argent, ce qui va aider l’économie. Tout ça mis ensemble, ça nous donne une croissance encore faible de 0,8 %, mais qui est une croissance positive. Donc, il n’y aura pas de récession en 2026 », conclut Pierre Cléroux, économiste en chef à la BDC.

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