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Quand la déstabilisation géopolitique impacte l’économie de tous les pays

Photo Reine Côté – Le journaliste et analyste Jean-François Lépine était l’un des invités de la Journée économique organisée par la Chambre de commerce et d’industrie Thérèse-De Blainville.

Quand la déstabilisation géopolitique impacte l’économie de tous les pays

Publié le 08/05/2026

Depuis la période pandémique, le monde est entré dans une véritable décennie dangereuse et certainement la plus déstabilisante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

C’est du moins l’analyse qu’en fait Jean-François Lépine, illustre journaliste qui a longtemps été correspondant à l’étranger, notamment à Pékin, Paris et Jérusalem, en plus d’avoir animé plusieurs émissions d’affaires publiques dont Enjeux et Le Point. Il a aussi été ambassadeur du Québec en Chine, de 2015 à 2021.

L’homme sait donc de quoi il parle lorsqu’il analyse, et de façon fort bien vulgarisée, les enjeux planétaires actuels, comme il l’a fait devant un parterre de gens d’affaires réunis lors de la Journée économique de la CCITB, qui se tenait le 30 avril dernier, à Sainte-Thérèse.

« Je trouve que la catastrophe avance trop vite par rapport à notre volonté et notre capacité de coopérer entre nous. Et c’est ça qui est très important et qui fait peur », avance le journaliste.

Le pouvoir de la Chine

Et elle a commencé avec la pandémie, en 2020. « Pour la première fois, et c’est encore vrai aujourd’hui, on a vu un pouvoir à l’origine de deux pandémies », a souligné celui-ci, en rappelant celle du SRAS, entre 2002 et 2004.

Ce pouvoir, c’est évidemment celui de la Chine et M. Lépine en rappelle les grandes lignes dans son contexte, lui qui vivait justement dans ce pays à cette époque et qui a été sidéré par le puissant contrôle du gouvernement.

« L’éclosion de la COVID-19 avait commencé à la fin novembre dans la ville de Wuhan, qui n’est pas très loin de Shanghai où j’habitais. Personne en Chine ne le savait. Et pourtant, les morgues de la ville de Wuhan — une ville de 12 millions d’habitants — étaient remplies. Ça montre à quel point le contrôle de l’information est puissant en Chine. »

Et la situation a dégénéré parce que le gouvernement chinois ne voulait pas l’avouer publiquement, de sorte qu’on ne sait toujours pas avec exactitude d’où la COVID tire son origine. Même la délégation de l’OMS et la Dre Joanne Liu, qui l’accompagnait, n’ont eu accès à aucune information, se rappelle-t-il.

Pour celui-ci, le refus d’un si grand pays à dévoiler la source d’une pandémie mondiale dénote « un comportement autoritaire qui est absolument inacceptable dans la communauté internationale ». Surtout que la Chine se montre de plus en plus agressive en matière économique. Après avoir réussi à renverser la menace de tarification de Trump, en réduisant leurs prix et par du dumping, les Chinois ont dépassé le trillion $ avec leur surplus d’exportations. « C’est un record absolu dans l’histoire du pays, mais aussi du monde », observe l’analyste.

L’ère postpandémique

La période postpandémique n’est guère rassurante à travers le reste du monde, assure M. Lépine, qui la résume par une grande déstabilisation.

Personne ne se surprendra du rôle central du président Trump dans l’actuelle déstabilisation de l’ordre mondial. Son enlèvement présumé du président vénézuélien, sa volonté à faire du Canada son 51e état, à s’approprier le Groenland, et sa désolidarisation envers des institutions internationales à l’origine d’un certain ordre mondial, de sa guerre des tarifs.

Il n’est évidemment pas le seul à vouloir imposer sa volonté au monde, le président russe Poutine et celui de la Chine, Xi Jinping, laissant voir une réelle montée des autocraties, qui se traduisent par de réelles menaces à la paix mondiale.

Conférencier debout dans une salle, près d’une scène et d’un haut-parleur, éclairage intérieur et murs aux panneaux colorés.
Photo Reine Côté – La situation géopolitique actuelle est un réel défi pour les démocraties, fait valoir Jean-François Lépine.

La violence engendre la violence

Puis il y a le choc de la guerre Ukraine-Russie, qui va durer probablement plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale. « Un choc absolument inouï. On a parlé du choc économique parce que ça venait tout de suite après le choc de la pandémie, mais aujourd’hui, il y a encore des répercussions de ça qui sont terribles. »

Puis il y a le conflit israélo-palestinien, survenu après l’attaque du Hamas en octobre 2023. M. Lépine reproche aux Israéliens leur réponse démesurée. Surtout en s’en prenant à une population de deux millions de personnes, incluant des civils, des femmes et des enfants. « Ils ont détruit la porte de Gaza. »

« La violence ne fait qu’engendrer la violence. Je le dis aux Israéliens et ça les rend furieux. Mais je leur dis tout le temps : « quand tu as l’armée la plus puissante de la région, quand tu es une démocratie, quand tu es appuyé par les plus grandes démocraties, tu as le devoir de trouver une solution. »

M. Lépine rappelle d’ailleurs l’effort des pays européens en ce sens, qui sont parvenus à éviter de nouveaux affrontements entre eux après la fin de la Seconde Guerre mondiale en créant l’Union européenne, mettant ainsi fin aux concurrences commerciales.

Trump 2

Puis l’analyste Lépine est revenu sur l’ère Trump 2, à laquelle il associe la politique de la peur, de l’incohérence, de l’improvisation. De la fin d’une assurance. Mais plus encore, de l’avènement d’un conflit de valeurs fondamental entre nous.

« On ne croit plus à la démocratie. On n’a plus la même façon de discuter. Donc, l’opposition au pouvoir, c’est le règne de l’agressivité. Bref, c’est un changement fondamental. Alors, on vit dans un univers de menaces et d’impulsions », affirme M. Lépine.

Ce dernier a aussi rapporté l’échange avec l’économiste à la BDC Pierre Cléroux, juste avant d’entrer en scène, qui lui a confié l’imposition prochaine d’une nouvelle série de tarifs sur l’aluminium, l’acier, faisant en sorte que le produit complet se retrouvera taxé. « Et dans vos secteurs, ça risque de changer des choses absolument importantes », a laissé savoir le journaliste aux gens d’affaires présents dans la salle.

Et c’est sans parler des impacts de la guerre que le président Trump a déclaré à l’Iran.

Déstabilisation planétaire

M. Lépine craint que cela n’envoie un drôle de message, qui fera boule de neige.

« Ça donne des guerres cruciales, cruelles pour les civils, parce que ce n’est pas aussi chirurgical qu’on le dit. Les prochains objectifs, est-ce que ce sera Cuba ? Est-ce que les Chinois vont se dire : pourquoi je n’envahirais pas Taïwan ? C’est le règne de la force et de l’improvisation et c’est extrêmement dangereux pour l’avenir. »

Et cet avenir géopolitique, il ne l’anticipe pas avec optimisme. « On assiste à une planète de plus en plus déstabilisée géopolitiquement. On assiste à la division du monde, même à l’Organisation des Nations Unies. On assiste à un monde bipolaire et qui négocie à la Trump, c’est-à-dire transactionnelle.

Et puis, le non-respect des conventions internationales et les conflits de plus en plus imprévus pourraient mener à des conséquences imprévisibles. « Et c’est extrêmement dangereux », insiste l’analyste.

Transport maritime

Et puis, il faut savoir que les conflits actuels — Iran, israélo-palestinien, Ukraine-Russie — impactent les approvisionnements de l’étranger par le transport incertain dans certaines régions du monde. Si l’on parle beaucoup du détroit d’Ormuz, ces temps-ci, il y a aussi les bateaux de marchandises qui passent par la mer Noire, la mer Baltique, la mer Rouge, rappelle M. Lépine.

Et advenant que la Chine se décide à envahir Taïwan, le détroit de Taïwan pourrait être difficilement franchissable. Et comme il s’agit de la voie de circulation la plus importante du monde, « Ça aurait des conséquences absolument terribles pour nous », avertit-il.

Et la présence active de la Chine sur l’échiquier mondial est à prendre au sérieux. Ce pays surpeuplé est passé d’une longue période de pauvreté sous l’ère communiste au stade de l’une des plus importantes puissances économiques mondiales avec une diplomatie de plus en plus agressive, sa puissance manufacturière, sa renommée de plus grand producteur d’automobiles, de champion pharmaceutique, de chef de file en intelligence artificielle et en voie de devenir la plus grande armée au monde.

Bref, l’analyse géopolitique du journaliste-analyste et commentateur Jean-François Lépine laisse entrevoir un monde qui n’a pas fini de nous surprendre et dont les conséquences toucheront les acteurs du milieu des affaires.