L’organisation exige de la première ministre Christine Fréchette une directive claire enjoignant ces sociétés de privilégier l’achat local.
L’usine PACCAR de Sainte-Thérèse, la dernière usine d’assemblage de camions lourds au Canada, continue de subir les contrecoups de la guerre tarifaire américaine, encaissant « mise à pied après mise à pied depuis que Washington a imposé, en vertu de l’article 232, des tarifs de 25 % sur les camions lourds ».
Plus de 600 emplois ont été perdus à l’usine depuis l’imposition des tarifs douaniers, indique Daniel Cloutier, directeur de la branche québécoise d’Unifor. Il précise qu’une certaine stabilité a été retrouvée, mais que la situation demeure précaire.
« Actuellement, il y a une stabilité qui a été obtenue. On fabrique en ce moment à peu près une trentaine de camions par jour. Toutefois, l’usine est faite pour fabriquer plus d’une centaine de camions par jour, et donc, c’est clair qu’il y a un impact économique sur l’usine », soutient-il.
Des appels d’offres au plus bas prix, sans égard à la provenance
Le syndicat pointe du doigt deux appels d’offres récemment lancés par la Société des alcools du Québec (SAQ) pour l’acquisition de camions, dont le seul critère d’adjudication est le prix le plus bas. Selon Unifor, aucune valeur n’est accordée aux retombées économiques québécoises, à la résilience des chaînes d’approvisionnement ni aux emplois manufacturiers d’ici.
« Un camion assemblé à Sainte-Thérèse par des travailleuses et des travailleurs québécois y est évalué exactement comme un véhicule importé », déplore le syndicat.
« D’un côté, Québec répète vouloir défendre son économie et ses emplois industriels face à l’offensive tarifaire de Donald Trump, alors même qu’une nouvelle salve de droits de douane de 50 % vient de s’abattre sur des produits québécois. De l’autre, ses propres sociétés d’État magasinent leurs camions au plus bas prix, peu importe d’où ils viennent », souligne le syndicat, dénonçant ce qu’il appelle une incohérence dans le discours du gouvernement.
« On ne peut pas prétendre se battre pour nos emplois le lundi et acheter à l’étranger le mardi, avec l’argent des Québécoises et des Québécois », affirme Daniel Cloutier, ajoutant que « la guerre commerciale, on ne la contrôle pas. Nos achats publics, oui. C’est le levier le plus direct que le Québec a en main pour protéger son usine, et il refuse de s’en servir. »
Une latitude réglementaire qui n’est pas exploitée
Daniel Cloutier explique qu’une certaine latitude existe déjà dans l’octroi des contrats publics pour favoriser l’achat local. Selon lui, si l’on tenait compte des retombées économiques liées au maintien de ces emplois, de « légers écarts de prix » seraient tout à fait justifiables.
Or, malgré cette marge de manœuvre prévue par la réglementation, la volonté politique n’est pas au rendez-vous, selon lui. Le système repose sur le principe du plus bas soumissionnaire, qui pousse chaque intervenant, à chaque étape du processus, à privilégier cette option pour éviter d’enfreindre les règles, explique le responsable.
« Si on tenait en ligne de compte les retombées économiques de maintenir ces bons emplois-là, certainement que de légers écarts de prix seraient tout à fait compréhensibles et acceptables », souligne M. Cloutier, déplorant « qu’encore aujourd’hui, les gouvernements du Québec et du Canada achètent, pour leurs propres besoins, des camions en provenance des États-Unis ».
La SAQ dispose déjà d’une politique d’achat local, mais celle-ci est « sans mordant », selon M. Cloutier, qui plaide pour que les appels d’offres soient ajustés afin que les producteurs canadiens puissent soumissionner.
Il se dit perplexe devant les propos récents du ministre Girard, qui affirmait que ce n’était pas le rôle du gouvernement de « choisir qui sera le gagnant ».
« Les politiques actuelles font en sorte que le gagnant, c’est toujours les États-Unis », déplore Daniel Cloutier.
Il appelle tous les chefs de partis à préciser, dans leur plateforme électorale, comment ils comptent arrimer les achats des sociétés d’État aux intérêts économiques du Québec.

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