Directrice générale de Tourisme Basses-Laurentides depuis 2023, elle dirige l’organisme avec la conviction tranquille de celles qui ont longtemps su où elles allaient.
Née en Abitibi, d’un père d’origine polonaise, elle grandit entre les mines du Nord et une diaspora dispersée entre l’Europe et le Canada. À 17 ans, elle part étudier à l’Université Jagellonne, à Cracovie, pour renouer avec ses racines. « Je me sens très québécoise, mais aussi très polonaise », dit-elle. Ce détour fondateur nourrit son regard : enfant, après avoir vu Paris, elle se demandait pourquoi sa région n’avait pas, elle aussi, sa tour Eiffel. Déjà, son œil de développeuse touristique s’aiguisait.
De retour au Québec, elle explore l’aviation dans le Nord, puis choisit la technique en tourisme au Collège Montmorency. Embauchée avant même la fin de ses études, elle pilote des projets structurants, tels que les marchés publics, marchés de Noël et grandes tablées, et gravit les échelons. À 28 ans, sa mentore lui confie la direction. Deux années de transition plus tard, elle prend les rênes avec un mandat clair : moderniser, connecter, rassembler.
Son influence se joue à plusieurs niveaux. D’abord stratégique : implantation d’outils technologiques, comme une borne touristique pilote à Lachute, rénovation des espaces d’accueil, concertation accrue avec les partenaires régionaux. Ensuite politique : elle mise sur la synergie d’un territoire « vertical », de la couronne nord en passant par Mont-Tremblant, les Laurentides, troisième région touristique après Montréal et Québec. « On passe moins à côté des opportunités de financement quand on se parle », résume-t-elle.
Être une jeune femme à la tête d’une organisation économique n’a pas toujours été simple. Au début, certains tardaient à la prendre au sérieux. « Ça arrive moins maintenant », note-t-elle, forte d’une réputation bâtie sur la compétence et la constance. Elle refuse toutefois de voir le genre comme un handicap. Pour elle, la richesse réside dans la mixité des regards : délicatesse et écoute d’un côté, fougue et capacité d’action de l’autre. La recherche d’équité demeure essentielle, au Québec comme ailleurs, où les femmes d’influence doivent encore conjuguer ambition, crédibilité et charge mentale.
Et derrière la dirigeante, il y a aussi un rêve assumé : des dimanches en famille avec quatre enfants. « Je n’ai pas d’entre-deux, je suis tout ça », sourit-elle. Peut-être est-ce là, finalement, sa plus grande force : croire qu’on peut bâtir une région à son image, sans renoncer à soi.

MOTS-CLÉS
Tourisme Basses-Laurentides
Cahier de la Femme 2026
Anne-Marie Ratkiewicz