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La trajectoire inspirante de Marie-Hélène Fortin

Photo Dany Baribeau

La trajectoire inspirante de Marie-Hélène Fortin

Publié le 06/03/2026

Faire une entrevue en quinze minutes au téléphone, ce n’est pas le genre de Marie-Hélène Fortin.

Lorsqu’elle arrive dans un petit café près de chez elle pour parler au Journal L’Éveil de son parcours, elle dépose son manteau, commande un jus et un petit gâteau. On comprend immédiatement l’importance pour elle de « prendre le temps » et de laisser la conversation tracer son propre chemin… un peu comme sa vie.

Comédienne de formation. Membre fondatrice du groupe Mes Aïeux. Voix derrière des romans audios. Enseignante suppléante en adaptation scolaire. Conseillère municipale à Rosemère. Mère de deux enfants. Les étiquettes s’empilent, mais elle ne cherche pas à en incarner une. Elle avance, simplement, portée par la curiosité.

Après la pandémie, les contrats artistiques se font plus rares. Venant d’une famille d’enseignantes, elle accepte un remplacement à l’école, auprès de jeunes à besoins particuliers. Elle découvre de petits groupes, peu de jugement, beaucoup d’authenticité. Elle s’y sent à sa place. « J’ai capoté sur cette clientèle-là », laisse-t-elle tomber avec un sourire communicatif. L’enseignement n’était pas un détour. Plutôt un retour à quelque chose de profondément humain.

La proximité comme remède au cynisme

La politique municipale, elle, est arrivée presque par surprise. En 2017, quand on lui propose de se présenter, elle rit. Puis elle accepte. Par engagement. Par amour de sa ville d’adoption. Elle y a trouvé un espace, du vert, une communauté. « J’aime me sentir utile », résume-t-elle. Ce n’est pas le salaire. Ce n’est pas le titre. C’est le travail d’équipe, les débats, les compromis, l’impression de participer à quelque chose de concret.

Elle le dit franchement : avant de faire de la politique, elle avait un regard plus cynique. Le mandat a changé ça. Derrière les décisions, il y a des heures invisibles, des discussions serrées, des gens de bonne foi. Le municipal, croit-elle, reste un lieu de proximité. Un espace où le contact humain a encore du poids. Dans un monde saturé de bruit et de tensions, elle trouve dans le local une forme d’apaisement.

Toucher les gens, un à un

La musique, elle, ne s’efface jamais tout à fait. Elle se souvient du succès fulgurant de « Dégénérations ». Des palmarès, des salles pleines, des disques qui s’empilent. Elle se souvient aussi du vertige. Du deuil étrange de l’époque où elle sentait devoir conquérir le public un à un, soir après soir. Le succès peut être grisant. Il peut aussi éloigner. Avec le recul, elle en parle sans amertume. Ce fut une époque. Une vague. Une fierté collective.

Aujourd’hui, ce qui lui manque un peu, c’est la création. Le plateau. La scène. « Ça monte en moi. Je le lance dans l’univers, mais j’aimerais jouer de façon plus constante à l’écran », confie-t-elle. Elle continue de travailler la voix. Elle adore se retrouver en studio avec des écouteurs qui l’isolent et lui permettent de se retrouver seule avec sa voix, d’habiter des textes avec subtilité. Elle aime ce travail invisible, précis, presque intime. Une autre façon d’entrer en relation.

Quand on l’interroge sur la cause des femmes, elle ne brandit pas d’étendard. Elle la porte dans ses choix, dans son quotidien, dans l’exemple qu’elle offre à sa fille — et à son fils. Elle croit à la vigilance, à la constance. Pas nécessairement au fracas.

Au fond, son parcours n’a rien de linéaire. Il est fait d’élans, de retours, de détours assumés. Elle n’aime pas la routine. Elle saisit les occasions. Elle avance.

Et à travers tout ça, il reste un fil conducteur : le désir de faire partie d’un collectif. Que ce soit sur scène, en classe ou autour d’une table du conseil, elle revient toujours à la même chose — le lien.