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L’APEL déplore le silence du budget Girard sur le logement

Photo Hugo Bisson –

Budget Girard 2025 : Pas d’argent neuf pour des logements abordables

L’APEL déplore le silence du budget Girard sur le logement

Publié le 03/04/2025

Avec un taux d’inoccupation de 1,1 % dans les Basses-Laurentides, la crise du logement n’est pas près de se résorber.

Pire encore, les ménages à faible revenu en seront les premiers laissés pour compte puisque le Budget Girard présenté le 25 mars ne prévoit pas d’argent neuf pour la construction de nouveaux logements sociaux et communautaires.

« À l’approche du 1er juillet, la situation s’annonce déjà infernale. À partir de mai, l’enfer est ouvert », reconnait Serge Gilbert, le coordonnateur de l’Association de promotion et d’éducation en logement (APEL), situé à Saint-Eustache, et qui s’apprête déjà à affronter la crise du logement, encore bien présente en 2025.

« C’est un peu décevant le budget comme budget pour le logement social et communautaire. Mais ça ne sert à rien de tirer à boulets rouges sur le gouvernement. Il y a un contexte économique difficile que l’on doit reconnaître, surtout avec «l’ouragan orange». Mieux vaut proposer des solutions », affirme M. Gilbert, qui préfère ainsi se montrer collaborateur.

La prévisibilité nécessaire

C’est néanmoins une réaction contrastée qu’il exprime à l’endroit du dernier budget présenté par le ministre des Finances le 25 mars dernier.

L’APEL fait siennes les demandes et recommandations du FRAPRU en ce qui concerne la prévisibilité pour la planification à long terme des municipalités ainsi qu’une augmentation du nombre de logements sociaux dans le parc locatif.

« Ça, c’aurait permis de limiter l’effet inflationniste du logement locatif qui se construit. On pense que le gouvernement vient de rater une occasion de traiter le chantier du logement public. Il avait cette possibilité de le faire. », indique M. Gilbert.

En ce qui a trait aux mises en chantier, M. Gilbert constate en effet que les développeurs immobiliers se tournent de plus en plus vers la construction d’unités de condos, qu’ils proposent en location, aux dépends des logements sociaux et communautaires.

M. Gilbert rappelle qu’il avait pourtant été question d’une réserve de 8000 unités de logements communautaires dans la mise à jour économique de novembre 2023. « Or, depuis ce temps, il n’y a eu aucun projet dans le programme FAC – Programme d’habitation abordable Québec, qui a remplacé le programme Accès Logis », dit-il.

Taux d’augmentation sans précédent

Puis il y a le Tribunal administratif du logement (TAL), qui a établi dernièrement le taux d’augmentation pour 2025 à 5,9 %. « C’est un coup de tonnerre dans notre milieu. C’est l’augmentation la plus élevée depuis très, très longtemps au Québec. Et cette augmentation va créer beaucoup plus d’incertitude chez les locataires et ça va aussi créer une augmentation de personnes en itinérance ou à risque d’itinérance », déplore le coordonnateur d’APEL.  

Ce dernier croit que le Gouvernement devrait revoir le règlement de fixation des loyers en enlevant de ce règlement le revenu net du calcul du taux d’augmentation. Cela permettrait de ramener les taux d’augmentation à des niveaux plus normaux. Il s’agit d’une demande commune du RCLALQ que l’APEL endosse pleinement.

N’empêche que la véritable solution n’est pas nouvelle : il faut rehausser l’offre de logements sociaux et communautaires. « C’est la meilleure solution », insiste-t-il.

« Sur notre territoire, on fait face à un nombre de personnes croissant qui vont se retrouver à la rue. On ne peut pas tous les quantifier et les gens commencent en ce moment à recevoir leur augmentation de loyer », fait valoir M. Gilbert. Dernièrement, il a reçu un locataire qui vient de recevoir un avis d’augmentation du double du coût actuel de son logement : de 800$ le locataire devra payer 1500 $ à compter de juillet.

Or, bien qu’il puisse avoir recours au TAL, le locataire peut se retrouver pénalisé auprès d’un propriétaire, lequel peut consulter les dossiers du TAL afin de savoir s’il s’est adressé à ce tribunal antérieurement. L’APEL demande donc au gouvernement d’anonymiser les dossiers du TAL afin d’éviter toute discrimination éventuelle.

Photo : Reine Côté
Le coordonnateur de l’Association de promotion et d’éducation en logement, Serge Gilbert.

Les bons coups du Budget Girard

Celui-ci note tout de même de bonnes choses dans le soutien gouvernemental, dont des investissements de 228 M$ sur trois ans pour exploiter et rénover les HLM, même s’il considère que le gouvernement aurait dû imposer la densification des immeubles en multipliant le nombre d’unités locatives ou en ajoutant des étages, par exemple.

Il apprécie par la même occasion que les 1000 allocations du Programme de supplément au loyer qui s’ajoutent au nombre de celles déjà accordées aux ménages québécois à faible revenu constituent une bonne nouvelle, même si l’on ignore encore comment se fera la répartition par territoire régional.

Le budget prévoit une somme de 42,6 M$ sur cinq ans pour permettre au ministère de la Santé d’assurer l’accompagnement des personnes vulnérables.  C’est un bon coup mais il n’y a pas de précisions quant à une portion réservée pour une ressource en soutien communautaire dans une habitation de logements sociaux. 

Toutefois, M. Gilbert retient que le ministre Girard accorde une somme de 38 millions de dollars en 2025-2026 au programme d’adaptation à domicile, permettant à tout propriétaire d’adapter et rendre accessibles ses logements aux personnes vivant avec un handicap.

Il reste beaucoup à faire

L’aide d’urgence au 1er juillet accordée pour 2025 est près de la moitié de celle inscrite au budget de 2024-2025, signale le coordonnateur Gilbert. « Ce qui n’est pas le cas des demandes d’aide, qui elles, augmentent considérablement. On n’est pas sûrs que cette somme suffira. »

Et c’est sans parler des ressources humaines au bureau de l’APEL, qui suffisent à peine pour répondre aux dossiers qui atterrissent sur le bureau.

Juste de novembre 2023 à octobre 2024, 300 nouveaux dossiers ont été ouverts. Et M. Gilbert confirme une hausse de 15 %. Pour janvier et février, il a ouvert 40 nouveaux dossiers. Et que pour la partie sud des Laurentides (jusqu’à Saint-Sauveur). Sa collègue qui s’occupe de la partie nord des Laurentides (de Sainte-Adèle à Mont-Laurier), a traité 29 nouveaux dossiers pendant ces deux mois.

« On est quand même inquiets de la situation des locataires, mais aussi en ce qui concerne le financement des organismes comme le nôtre », déplore M. Gilbert qui a dû compter sur la participation de Centraide Laurentides pour assurer l’embauche d’une seconde ressource à temps partiel à l’APEL, faute d’aide financière gouvernementale.

M. Gilbert note au passage l’aide appréciée de deux MRC de la région qui ont offert chacune une somme de 3000 $. « Si toutes les MRC faisaient le même, nous serions en mesure d’offrir beaucoup plus de services. »

 « Pour la défense des droits, il n’y a absolument rien qui a été prévu au budget pour augmenter les ressources et le financement dont nous aurions besoin. Comme organisme, on s’appauvrit et on a du mal à maintenir toutes les activités qu’on devrait maintenir.  La région des Laurentides a toujours été sous-financée en termes de services sociaux et on ne sait pas pourquoi », estime le coordonnateur de l’organisme de défense des droits.

M. Gilbert aimerait que les organismes en défense des droits soient reconnus à la hauteur des services qu’ils rendent à la communauté, notamment en freinant les manœuvres de rénoviction. « D’enlever du stress à des gens en leur permettant de rester dans leur logement, c’est un impact que nous avons dans la société », conclut-il.