Rareté de logements disponibles, hausse exorbitante du coût des loyers, insalubrité et augmentation de l’itinérance figurent parmi les constats dressés par l’Association de promotion et d’éducation en logement (APEL).
C’est du moins ce que constate Serge Gilbert, le coordonnateur de l’APEL, l’organisme situé à Saint-Eustache et qui s’occupe de dossiers de locataires de toute municipalité située sur le grand territoire des Laurentides. Des dossiers qui se multiplient sans cesse au fil des mois et qui dressent un constat alarmant du marché locatif.
Insalubrité des logements
On le sait, le coût des loyers a augmenté de façon exponentielle et leur rareté n’est plus à démontrer. C’est au point où l’organisme conseille clairement aux personnes de ne pas quitter leur logement, au risque de ne pas en trouver un autre, même en état d’insalubrité.
« Sur dix appels, six d’entre eux concernent l’état du logement où l’on constate de l’insalubrité et des travaux qui ont besoin d’être faits dans le logement », relate M. Gilbert, en déplorant que les propriétaires parviennent malgré tout à les louer.
L’APEL dépose les dossiers de plainte auprès du Tribunal administratif du logement (TAL), mais les locataires doivent attendre très longtemps avant même d’être convoqués en audience.
« Ces locataires sont obligés de continuer à vivre dans des logements insalubres, qui mettent à risque leur santé. Quand il y a de la moisissure dans un logement, c’est la santé qui prend un coup, ce sont des problèmes pulmonaires qui éclosent. Et ils ne peuvent pas abandonner leur logement, car ils ne savent pas où aller », ajoute M. Gilbert.
Des aînés expulsés
Tout récemment, un autre phénomène occupe l’équipe de l’APEL : des résidents de RPA qui se font foutre dehors, faute de pouvoir payer leur logement. M. Gilbert affirme que plusieurs dossiers du genre s’accumulent sur son bureau depuis quelque temps.
« Les RPA les amènent au TAL pour non-paiement et quand les gens ne sont plus capables de payer tout simplement, on les met à la porte », indique M. Gilbert.
Une situation qui échappe à la Loi Françoise-David, laquelle protège les aînés de plus de 70 ans contre l’éviction de leur logement. Or, cette loi ne s’applique pas en cas de non-paiement de loyer, signale le coordonnateur, qui a même eu vent d’une Eustachoise de 76 ans ayant dû vivre trois mois dans son véhicule après s’être fait expulser de son logement pour trois mois de retard de paiement.
« Sans pouvoir les chiffrer, on constate qu’il y en a autant du côté des Laurentides que du côté des Basses-Laurentides. Depuis quelques mois, depuis 2025, on a cette problématique qui n’existait pas sur notre territoire. C’était absent du portrait. »
Et sans parler des reprises illégales de logements sous de faux prétextes, soit pour en rehausser le coût, soit pour les destiner à la location de type Airbnb.
L’APEL a porté dix dossiers pour ce type de plaintes auprès du TAL l’année dernière. Pas plus. C’est qu’il faut encore prouver que le propriétaire n’y fera pas entrer un membre de sa famille, comme prétexté. Or, ces démarches peuvent coûter cher en services d’enquête ou d’avocat.
Itinérance et inabordabilité
En fait, la pile de dossiers s’accumule tant en nombre et en complexité à l’APEL que l’équipe n’a pas le temps de se laisser aller au découragement. On travaille fort et sans relâche.
Car l’itinérance pointe son nez. Et dans des municipalités que l’on aurait cru bien à l’abri du phénomène. À Sainte-Adèle, on a relevé une hausse de 152 % entre le printemps et l’automne 2025.
C’est que la pauvreté change de visage. Au-delà de l’itinérance visible, il y a l’itinérance invisible : celle qui force à séjourner ici et là, chez des amis ou des membres de la famille.
C’est bien sûr la faute à la pénurie de logements, mais plus précisément au manque de logements abordables. M. Gilbert relève le coût d’un logement d’une chambre à 1 500 $ et celui de deux chambres à plus de 2 000 $ sur le territoire laurentien, et ce, même jusqu’à Sainte-Agathe.
Et voilà que l’on voit surgir une nouvelle catégorie de logements : celle du logement abordable « intermédiaire ». Si de plus en plus de municipalités imposent à tout promoteur de réserver une portion d’au moins 10 % de logements abordables, elles se montrent toutefois timides, acceptant parfois que le coût ne soit que de 10 % inférieur au prix médian du marché.
L’APEL se dit catégoriquement contre cette approche.
« Dans les organismes de défense des droits, on est contre les logements abordables dits intermédiaires. On fait même campagne contre les logements intermédiaires, car ça ne répond pas aux besoins », spécifie Serge Gilbert, qui souligne que les logements dits abordables, administrés par des organismes mais subventionnés par le gouvernement provincial, ne seront en réalité abordables que dans 20 ans.
Plus d’AccèsLogis
Le coordonnateur de l’APEL estime que le gouvernement a fait une grosse erreur en mettant fin au programme AccèsLogis.
« En supprimant AccèsLogis, il n’y a presque plus de possibilité pour des organismes comme nous de créer du logement hors marché, des logements vraiment abordables. »
Après l’implantation de la coopérative d’habitation Le Train de la vie, à Deux-Montagnes, l’APEL planchait sur un second projet de coopérative. Mais le financement n’a pas suivi.
Comment sortir de cette crise ?
Alors quelles sont les solutions pour sortir de cette crise du logement ?
« Des solutions, il y en a quelques-unes. La première serait de construire beaucoup plus de logements hors marché, donc plus de coopératives par exemple ou plus de logements OBNL. Mais avec la disparition d’AccèsLogis et les contraintes que le gouvernement impose pour le nouveau programme de logements abordables, ça devient compliqué de lancer des projets et les coûts de construction ont explosé. »
À l’heure actuelle, le taux d’inoccupation est en bas de 1 % dans le secteur de Sainte-Adèle et Sainte-Sophie, alors que celui des secteurs Saint-Eustache et Sainte-Thérèse oscille entre 1,3 et 1,4 %, soit bien en deçà du seuil d’équilibre de 3 %.
Alors quels recours reste-t-il pour les ménages qui seront sans nouveau logement le 1er juillet ?
Serge Gilbert recommande de faire appel à l’un des offices d’habitation selon le secteur et prévient que l’APEL sera ouverte le 1er juillet.
« L’APEL est toujours là pour répondre aux demandes des gens le 1er juillet », assure son coordonnateur.

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